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OEUVRES GENEREES PAR ORDINATEUR = OEUVRES DE L'ESPRIT ?
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     L'Homme, la musique, la machine, l'esprit et la SACEM.

RL Barron, l'inventeur de Midal, logiciel de création musical automatique, ne semble vraiment pas être une de ces "âmes mal-intentionées" dont je parle dans le mail que je lui ai écrit, car il est avant tout un passioné. De musique, de mathématique et d'informatique.
S'il a déposé Midal, en tant que logiciel, c'est pour se protéger de ceux qui auraient l'idée malsaine de justement le devancer et de déposer des oeuvres que Midal aurait générées... Mais, et il le dit lui-même, il a donc déposé en même temps, plusieurs milliards de musiques différentes !!
Et ça, je trouve que c'est assez inquiétant.
Il me semble qu'il serait important de rapidement légiférer à ce sujet, car il est evident que nous allons voir apparaitre de plus en plus de logiciels comme Midal, et que ce serait un non-sens absolu que des personnes puissent déposer des milliers de milliards de musiques, de mélodies qu'ils n'auraient pas vraiment composées ! En sachant, comme nous le disions sur la mailing-liste Saceml, que si l'on accorde une valeur légale d'oeuvre à ces musiques, c'est la porte ouverte aux procès de toutes sortes : imaginez que le créateur d'un tel logiciel dépose ses myriades de mélodies, et qu'il puisse aussi "scanner" les ondes, les radios, les TV, et qu'il compare les tubes du moment, grâce à un autre logiciel, aux possibles mélodies de son générateur automatique de musique !! Et qu'ensuite, il fasse des procès pour plagiat ! La composition de musique ne serait plus un "Art", mais deviendrait le "loto", aux depends des "vrais" compositeurs.

Mais il y a également selon moi, un énorme problème éthique et moral.
Les oeuvres protégeables en tant que telle sont sensées être des oeuvres de l'esprit ! Des oeuvres humaines, vivantes, chargées d'humanité, d'emotions, de sentiments, de vie. Je ne doute pas que certaines (de nombreuses ?) des mélodies générées par Midal puissent être de "belles" mélodies. Mais comme dit Claude Lemesle, auteur et secrétaire adjoint du Conseil d'administration de la SACEM : "/...le droit moral du créateur (est) expressément réservé, l'oeuvre étant considérée comme « le miroir de la personnalité » .../. Ou est la "personnalité" du logiciel ?? Oui, le créateur du logiciel, lui est humain, et c'est lui qui a informatisé, et configuré la machine, et il est donc indéniablement le créateur du logiciel, mais certainement pas des musiques que celui-ci pourra générer !! Voyez dans mon mail, l'exemple de l'inventeur de la guitare. Il eût été complètement fou d'imaginer que cet inventeur puisse déposer et protéger toutes les musiques qui pourraient un jour sortir de cet instrument !! Et quand à un utilisateur de ce logiciel, il en va de même. Il n'est pas non plus à l'origine de la création d'une oeuvre en appuyant sur le bouton "créer" de Midal ! Et l'ordinateur, le logiciel lui aussi, ne peut être le détenteur de droits d'auteurs de mélodies générées par lui ! Il n'a (à ma connaissance...) ni âme humaine, ni esprit ! Et il n'est, de toutes façons, juridiquement pas une "personne" et ne peut avoir de "droits". Tout ceci m'amène à un autre point qui me semble important.

C'est le rôle de la SACEM dans tout cela. La SACEM est là, notamment (et je ne l'invente pas, vous n'avez qu'a lui demander...) pour défendre les auteurs. Et dans cette affaire, il me semble qu'elle refuse quelque peu, et le débat, et ses responsabilités. Car elle accepte de prendre en compte les oeuvres générées par Midal ! Je comprend qu'elle ne puisse à elle seule régler le problème, mais il me semble qu'elle devrait au moins prendre un peu les devants (comme elle le doit, en tant que défenseur des intérêts de ses membres qui eux ne sont pas des machines) , et aussi des précautions.
Accepter de prendre en compte dans son (notre !) répertoire des musiques totalement générées par logiciels est à mon sens, aller contre l'intérêt de ses sociétaires -compositeurs. Moralement et patrimonialement.
Il me semble qu'en la matière, on (elle) pourrait largement appliquer un principe de précaution, comme on le fait pour la génétique, par exemple. On touche là à des choses graves et importantes qui nécessitent une réflexion préalable de la part de tous. On n'accepte pas en France que le génôme humains soit déposé par une société privée, je ne vois pas pourquoi on accepterait que des individus (aussi talentueux soient-ils) puissent prendre une option sur la création musicale à venir. Car c'est bien de cela qu'il s'agit, et Dieu seul sait quelle va être la puissance de ces logiciels générateurs de musique dans les années à venir !

Car, et j'y viens, vous le savez certainement si vous êtes un habitué de ce site ;-), le dépot des oeuvres à la SACEM peut aujourd'hui se faire sous forme de fichiers informatiques ou audio !! Imaginez les dégats si la SACEM se met à accepter les milliards de mélodies de Midal et
des autres logiciels !!!
Car jusqu'à présent, le fait de devoir déposer des milliards de musiques sur partitions papier était pour le moins dissuasif... Maintenant, avec le dépot en fichiers MIDI, audio etc... on peut faire "tenir" ces immenses quantitées de "compositions" sur un unique CD-rom et déjà DVD-rom.
Ceci est dans les statuts de la SACEM depuis le 13 juin 2000, et tout un chacun est en droit de faire ses dépots par ce biais.

Voilà, il faut trouver des solutions. Il serait, à mon sens, inacceptable que la SACEM accepte le dépot de musiques exclusivements créées par logiciels. Ce ne sont pas des "oeuvres de l'esprit". Point !
J'en conviens, c'est un débat fort difficile. Car de nos jours, une grande partie de la création de musique est "assistée" par ordinateurs et logiciels. Et la limite entre ce qui est une "vraie" création de l'esprit (une oeuvre) et ce qui ne l'est pas, est evidemment floue... On assiste de plus en plus, par exemple, à de la création musicale "collage" (les remix, le sampling etc...). Il n'en reste pas moins que ces "collages" nécessitent quand même l'esprit du créateur, ses choix, ses options, sa musicalité propre, ses humeurs etc etc... Certaines oeuvres de compositeurs contemporains ont aussi été composées dans cette recherche du hasard, en laissant l'autonomie aux machines.
On objectera peut-être aussi qu'on ne sait pas très bien ce qu'est vraiment l'acte de création, de quoi il est fait...et que puisqu'on ne sait pas, qu'il n'y a aucune raison que les musiques qui sortent tout droit de programmes informatiques ne soient pas elles aussi considérées comme des oeuvres à part entière... Ce n'est pas mon avis... mais c'est un autre débat !! ;-) ( vous pouvez d'ailleurs, si vous le souhaitez, après la lecture de ce "papier", vous rendre en page "création ?" et lire un début de réflexion sur la "création" musicale...)
Un autre problème qui se pose, c'est comment reconnaitre, pour la SACEM, une composition générée par logiciel ? Car si le "compositeur" le cache, je doute que l'on puisse le découvrir...

En attendant que le débat prenne forme et que le légiste légifère, le bon sens suffit : je pense qu'il faut absolument que la SACEM refuse systématiquement les dépots en nombre ! Vous connaissez, vous, des compositeurs capables d'ecrire 30 oeuvres pas mois ?? On pourrait très bien se dire à la SACEM, par exemple, qu'on n'accepte pas plus d'un dépot par jour, en moyenne. Ca laisse de la marge ! Ou bien, rendre le dépot payant. 5 ou 10 francs par oeuvre, c'est peu, mais c'est largement dissuasif s'il s'agit de milliers, de millions ou de milliards de compositions !!

Enfin voilà, je suis pour le fait que l'on se mette à réfléchir sur ce sujet complexe, qui risque, si nous ne le prennons pas à bras le corps, de complètement nous dépasser.
Qu'on ne se méprenne pas. Je ne suis absolument pas "contre" les logiciels ou les créateurs de ces logiciels. Je trouve cela plutôt intéressant, et, par exemple, pouvoir entendre une image "fractale" en musique, ou faire jouer de la musique à des formules mathématiques est fabuleux ! Mais je pense qu'il nous faut faire la part des choses, et ne pas tout mélanger. Les machines ne sont pas des hommes, les logiciels pas (encore ?) des esprits, et la SACEM et le Code de la Propriété Intellectuelle sont là pour defendre les oeuvres sorties de l'esprit des hommes.
Et puis il y a une chose qui manquera toujours aux musiques créées automatiquement, aléatoirement. Si le logiciel est bien fait (comme c'est à priori le cas de Midal) il "composera" toujours des choses "moyennes", "potables", "écoutables". Mais jamais il n'arrivera à se "planter", à rater une oeuvre, ni à avoir du génie dans d'autres. Car ces deux attributs sont bien la marque exclusive de l'Homme !!

Je vous invite à continuer votre ballade sur les autres pages de ce dossier. Le rapport juridique "les oeuvres générées par ordinateur", l'article paru dans Sciences et Vie Micro sur Midal, etc ... Et si le coeur vous en dit, c'est avec un réel plaisir que je vous lirais, si vous laissez vos commentaires sur ce sujet dans le Forum prévu à cet effet !! ;-)

A bientôt,

Jean-Christophe Lemay, le 24 juillet 2000.

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  • L'article du Webmaster: L'Homme, la musique, la machine, l'esprit et la SACEM.
  • Le Forum Saceml sur ce dossier
  • Un exemple : Midal, logiciel générateur automatique de mélodies
  • Article de Béatrice Perret du Cray sur Midal pour SVM
  • Rapport de Faculté de Droit : Les oeuvres générées par ordinateur et le droit d'auteur
  • Les échanges d'emails à ce sujet sur la mailing liste Saceml
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