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L'actualité de la musique et du droit d'auteur. Revue de presse
 
INTERVIEW DU 21 09 2000 pour Internet Actu
mailing liste, saceml, SACEM, auteurs, compositeurs, éditeurs,gestion,abonnement,musique,droits d'auteur,copyright,mp3,liste de discussion,netiquette,règles,MP3  Voici donc cette (trop longue ? ;-) interview qu' Internet Actu a faite où je parle de mon expérience de musicien et d'Internet, ainsi que de notre projet Saceml.


Jean-Christophe Lemay :
"Le Net est une énorme bouffée d'air frais
pour les musiciens !"

home-studio de musique

De chez lui, dans son "home studio", le musicien Jean-Christophe Lemay compose et diffuse ses oeuvres sur Internet. Auteur du site Deepsound.net consacré à son travail et modérateur d'une liste de discussion sur la musique, le droit d'auteur et la SACEM, il raconte l'histoire d'amour entre Internet et la musique, ses grands élans passionnés comme ses scènes de ménage.


Propos recueillis par Martin Jouanneau


Internet Actu : Qu'est ce qui pousse un jour un musicien à monter un site Internet ?

Jean-Christophe Lemay :
J'ai réellement découvert le Net début 1999, quand j'ai changé de configuration dans mon "home studio" et abandonné mon Atari 1040 pour un PC musclé équipé d'un modem. L'idée de pouvoir mettre en ligne du contenu susceptible de toucher des millions d'internautes dans le monde, assez facilement et à moindre coût, m'a tout de suite enchanté.
L'univers de la production musicale, en France comme ailleurs, est tellement clos, tellement figé et frileux, presque imperméable, qu'on a l'impression, nous les musiciens, de se trouver dans une chambre forte capitonnée et de taper contre les murs en criant :"Eh ! Oh ! Il y a quelqu'un ?".
Essayez donc de prendre rendez-vous avec le directeur artistique d'une major de l'industrie du disque pour lui faire écouter vos oeuvres ! Quant à envoyer un CD de démos à ces mêmes maisons de disque, tout le monde sait bien que ça ne sert plus à rien ! Alors quand en plus, elles mangent tout ce qui peut rester de productions indépendantes et qu'après, insatiables, elles se mangent entre elles au point qu'il ne reste plus que deux ou trois mastodontes internationaux... C'est l'étouffement de la création !
Le Net est donc une énorme bouffée d'air frais pour les musiciens. Il nous offre la possibilité de mettre en ligne nos propres productions, de pouvoir faire entendre nos musiques, et d'échanger des avis, des critiques, et même lorsqu'on n'est pas encore "signé", d'avoir la satisfaction de se dire que nos titres ne sont plus dans des tiroirs à la maison, mais à disposition d'un public potentiel. C'est la fin de l'isolement !
Pour en revenir à ma propre expérience du Net, j'ai appris tout seul, entre la composition de deux titres, à programmer en HTML, javascript, etc., en étudiant les codes sources des pages Web qui me plaisaient, et en achetant des livres. Pour mettre la musique en ligne, le choix a été vite fait. Real Audio, je n'aime pas : tant le son que la démarche commerciale agressive ! Tous les titres sont donc en streaming MP3.

Quel écho recevez-vous de la consultation de votre site ?

Un très bon écho ! Et c'est ça le grand bonheur du Net ! Le plus compliqué est de se faire connaître, de faire connaître le contenu de son site. J'ai donc passé beaucoup de temps à référencer le site, manuellement, à en parler dans les forums, les mailing-lists, à échanger des liens... Deepsound.net enregistre aujourd'hui 4.000 visiteurs uniques par mois !
Pas mal de gens du monde entier m'ont écrit pour me dire qu'ils appréciaient ma musique, et c'est vraiment la bouffée d'air frais dont je parlais. Quand un mec m'écrit d'Istanbul pour me dire qu'il a adoré un de mes titres ("Turkish Fruits", de l'ethno-bub avec du chant turc), je réalise que le Net est vraiment une révolution !
En plus, j'ai une philosophie du Net qui m'a poussé à mettre en ligne totalement gracieusement, des pages d'infos et des outils pour les utilisateurs de sampleurs. J'ai développé onze calculateurs en javascript qui permettent de bidouiller des samples dans tous les sens. C'est des heures, des semaines de boulot, et dès le début, je savais que je les mettrais gratuitement à disposition de tous sur le site. C'est ma petite contribution à un Net basé sur l'échange plutôt que sur le mercantilisme forcené.
Il n'y a aucune bannière de pub sur le site. Eh bien, pour ces calculateurs, j'ai eu des dizaines de courriers de compositeurs-musiciens du monde entier qui utilisent maintenant ces outils pour travailler avec leurs sampleurs ! Ils ont fait l'objet d'un article dans "Sound On Sound", le plus gros magazine anglais sur les musiques électroniques. Et le plus gros magasin d'instruments de musique de Paris m'a demandé de les incorporer à son propre site Web.
Le Net a réellement ouvert un champ de possibilités gigantesque, en réduisant les intermédiaires. Dans la musique, il y a des quantités de sites et de projets gratuits, de gens qui développent des outils, qui compilent des infos, créent des bases de données et rendent tout cela librement et gratuitement accessible, pour le bien de la communauté. C'est rassurant, vu le monde où on vit !

Quel atout ce site a-t-il apporté à votre carrière ?

Un exemple. Je suis en ce moment en train de travailler sur un album de trip-hop. En juillet dernier est sorti mon premier album, Urban Dream. Un musicien australien a visité le site et m'a écrit pour me dire qu'il avait vraiment aimé l'album. En bas de son mail, il y avait l'URL de son site. Je vais jeter un oeil et je craque littéralement sur un de ses titres !
Je lui écrit en lui parlant de mon projet de trip-hop et en lui disant que j'aimerais vraiment retravailler sur son titre, utiliser les voix pour faire un autre morceau pour mon album. Il a été d'accord. Le lendemain, je recevais les prises de voix par le Net. J'ai fais un nouveau morceau, incorporé les voix, et une semaine après, je lui faisais parvenir une version en MP3. Il a adoré et il y a deux jours, le titre est passé sur une grande radio FM en Australie, retransmis sur une webradio également ! Le titre sera aussi sur mon prochain CD.
Voilà ! C'est ça que m'apporte le Net aujourd'hui ! Rencontrer des gens du monde entier, échanger des idées, de la musique, créer ensembles et à distance, faire écouter ma musique à d'autres et avoir des avis, écouter la musique des autres sans que celle-ci soit passée à travers le puissant tamis des majors. Et ça, ça les fait flipper.
Car depuis plusieurs années, il est possible de s'équiper en matériel et de monter son propre studio, de plus en plus performant et de moins en moins cher. On peut donc se passer d'eux pour produire notre musique. Si en plus, on a la possibilité de la diffuser et de la vendre nous-mêmes, je comprends qu'ils prennent peur.
Cela dit, ils ne sont pas prêts de disparaître ! En fait, ce sera à nous de nous organiser sur le Net, de nous regrouper, et de créer des portails alternatifs, indépendants, associatifs, de fonder des collectifs et de les faire connaître du public. Car le problème est là ! Il ne suffit pas de mettre sa musique sur son site perso pour avoir l'assurance de la faire entendre ou de la vendre. Il faut se faire connaître.

Deepsound est quasiment intégralement rédigé en anglais. Pourquoi ?

J'échangeais avec beaucoup de personnes dans le monde entier, et il m'a semblé évident que si je voulais toucher tous ces gens, l'anglais était le meilleur moyen. Il y a d'ailleurs un petit texte là-dessus en bas de la page d'accueil de Deepsound.net. Je suis plutôt du genre à ne pas aimer l'impérialisme américain, tant culturel que politique, mais il faut bien avouer que l'anglais est un outil très pratique, car il est devenu, de fait, la langue internationale du Net.
Je n'oublie pas pour autant mes compatriotes et la langue de Molière, que j'adore. Depuis un an, j'ai le projet de traduire le site en français, mais je n'ai pas eu le temps. La seule chose que l'on peut trouver sur le site qui est en Français, c'est la page des onze calculateurs, parce que les visiteurs me l'ont souvent demandé.

Quels aménagements voudriez-vous apporter à Deepsound ?

Dans l'immédiat, je n'ai pas beaucoup de temps à consacrer au développement du site. J'aimerais le traduire en français, et développer les pages sampleurs. De plus, j'ai eu beaucoup de propositions de gens qui ont développé d'autres calculateurs pour la musique électronique à utiliser en ligne. Ils aimeraient que je les incorpore à mes pages. J'en ai vraiment envie, mais je suis débordé de boulot.

Comment l'idée d'une liste de discussion sur la Sacem a-t-elle germée ?

Comme souvent, ça a commencé par une préoccupation personnelle. Il a cinq ans environ, j'ai cherché à me renseigner sur ce qu'était mon métier de compositeur. J'étais déjà à la Sacem à l'époque, mais je ne connaissais quasiment rien aux droits d'auteur. J'ai fait des stages, notamment ceux de l'Irma, une association parisienne qui fait la promotion des musiques actuelles au sens très large.
Il y a deux ans, j'ai signé un gros contrat d'édition, et pendant le mois et demi qu'a duré la négociation, j'ai vraiment planché sur la question.
Je me suis aperçu que le sujet des droits d'auteurs et de la Sacem étaient récurrents dans les mailing-lists sur la musique auxquelles j'étais abonné, et surtout qu'une grande majorité de compositeurs, membres ou non de la Sacem, ni comprenait pas grand chose. Alors, je me suis lancé !
Mon idée est simple : utiliser ce fabuleux outil qu'est Internet pour rassembler les auteurs, compositeurs et éditeurs de musique en France et échanger de l'information. J'avais acquis quelques compétences dans le domaine. Au lieu de les partager ici ou là, de manière ponctuelle, je me suis dit qu'il serait plus pratique de créer un lieu, un espace commun. Il fallait que chacun puisse échanger et partager ses connaissances. Les droits d'auteur de musique, la propriété intellectuelle, le fonctionnement de la Sacem sont des questions vraiment complexes. Même les spécialistes ne sont pas toujours d'accord sur certains points. Alors les auteurs...
Rapidement, j'ai essayé d'établir un contact avec la Sacem. De nombreuses questions restaient sans réponse sur la liste, et nous voulions les leur poser directement. Rien ne vaut l'information à sa source !
J'ai donc envoyé plusieurs e-mails, et après quelques temps, j'ai enfin réussi à établir le contact avec deux directeurs de département. Nous nous sommes vus, je leurs ai exposé mon projet, et ils ont très vite vu l'intérêt de la chose, tant pour eux que pour nous.
Jusqu'à présent, quelqu'un qui avait une question à leur poser devait aller les voir, ou leur téléphoner. Il obtenait sa réponse et repartait. Avec la liste de discussion, quand une personne obtient une info, il peut la faire partager à tous les abonnés ! J'adore cette idée du partage et de l'échange de l'information.
Enfin, j'ai aussi voulu créer cette liste pour qu'elle soit un pôle de réflexion sur la musique et le droit d'auteur à l'ère du numérique, du MP3 et d'Internet. Nous sommes en train de vivre une grande révolution avec le Net, et la musique, immatérielle par essence, est directement touchée par ces bouleversements. Tout le monde réfléchit à la chose, le ministère de la Culture, la Sacem, les juristes, les majors, les businessmen, les journalistes..., et il m'a semblé que nous étions quand même les premiers concernés par nos propres droits et qu'il était important que nous, les auteurs-compositeurs, puissions nous rassembler pour y réfléchir, échanger nos points de vues et nous faire entendre ! C'est un des grands atouts du Net que de permettre ces associations "virtuelles".
Je viens de lire le rapport Mariani-Ducray sur les SPRD (Sociétés de Perception et de Répartition des Droits d'auteurs). Ce projet de liste va tout à fait dans le sens de ses recommandations. On lit notamment qu'il faut "Profiter du développement des techniques numériques pour faciliter l'information des SPRD a destination de leurs associés", et aussi "Améliorer autant que possible la connaissance qu'ont les créateurs et interprètes eux-mêmes du système économique et juridique de la propriété intellectuelle en France et dans le monde, en dehors de l'information que leur apportent utilement les SPRD".

Combien de personnes contribuent-elles à la liste ?

Nous sommes à ce jour 140 abonnés à la liste, et ce en 4 mois d'existence. C'est bien la preuve qu'il y avait une demande de la part des auteurs. Ce projet draine beaucoup de gens différents : des auteurs, des compositeurs, membres ou non de la Sacem, mais aussi des éditeurs de musique, des responsables de copyrights, des juristes spécialisés dans la propriété intellectuelle, des avocats, des producteurs de musique, des responsables de la Sacem, pour le plus grand bien de la liste. Beaucoup d'information y circule, et les débats sont de qualité.
Parallèlement, et toujours dans le but de rendre l'information disponible au plus grand nombre, j'ai développé un site Web. Toutes les informations importantes qui circulent sur la liste, je les incorpore au site, les organise, pour que chacun puisse y accéder, même sans être abonné à la liste. Je trouvais idiot et inefficace que le contenu de nos échanges, qui peut tout à fait servir à d'autres, se perde dans les entrailles des archives de la liste. Le site permet également d'approfondir certaines choses, comme par exemple des dossiers spéciaux. Le premier qui est en ligne, est sur les œuvres générées par ordinateur, par logiciel, et les problèmes juridiques et éthiques que cela pose quant au droit d'auteur.

La liste s'intéresse-t-elle exclusivement à la musique numérique ?

Non. Nous y parlons de création musicale au sens large, et de droit d'auteur en général. Nous ne pouvons pas dissocier le numérique du reste, quand bien même celui-ci pose de nouveaux problèmes. Les questions qui circulent sur la liste sont du genre : "Comment faire pour avoir un pseudonyme à la Sacem ?" ou bien "Est-ce que je peux faire valoir la diffusion des mes titres sur Francemp3.com pour m'inscrire à la Sacem ?" On y parle de piratage, de l'affaire Napster, de l'auto production de disques, etc.

Quelles implications spécifiques la composition numérique a-t-elle en matière de droits d'auteurs ?

Si c'est de la création musicale dont on parle, il est clair que le numérique nous apporte aujourd'hui des outils fabuleux ! Nous pouvons auto-produire notre musique à la maison dans des "home studio" de plus en plus professionnels et de moins en moins chers. Le numérique nous permet maintenant de réaliser des projets musicaux vraiment très "pro", à moindre coût.
Imaginez le prix des studios d'enregistrement il y a 10 ou 15 ans ! Pour avoir un enregistreur 16 ou 32 pistes et la table de mixage qui allait avec, il fallait plusieurs millions de francs. Aujourd'hui, il y a des softs qui travaillent entièrement en numérique, avec table de mixage incorporé et qui permettent d'enregistrer de 64 à 128 pistes audio et tout ça pour 5 ou 10.000 FF. C'est une révolution pour la création musicale !
Maintenant, cela pose quelques problèmes. Par exemple, le développement de logiciels de composition automatique comme Midal, qui permet de générer plus de 10 milliards de mélodies en un seul clic! Est-ce encore de la composition ? Peut-on encore qualifier ces musiques d'œuvres de l'esprit au sens du Code de la Propriété intellectuelle (CPI) ? Nous y réfléchissons et essaierons de pousser d'autres à y réfléchir avec nous.
D'autres problèmes surgissent aussi par rapport à l'utilisation de samples et du sampling dans les compositions. Les nouveaux outils numériques permettent d'utiliser des parties d'œuvres existantes, de les extraire d'un CD, de les bidouiller, de les détourner et de les incorporer dans son propre travail. Ca pose évidemment la question du droit d'auteur, du droit des interprètes et du producteur.

Et en matière de diffusion numérique ?

Les vrais problèmes sont là ! Jusqu'ici, la loi avait prévu le manque à gagner des auteurs-compositeurs et éditeurs en instituant ce qu'on appelle la redevance pour "copie privée". Le CPI accorde à tous le droit de faire des copies des disques et des cassettes achetés, d'enregistrer les programmes musicaux à la radio... pour un usage privé, dans le strict cadre du cercle familial. Des taxes sur les supports vierges, cassettes audio et vidéo, sont encore prélevées et reversées aux auteurs.
Aujourd'hui, il ne s'agit plus de copie privée "analogique", très localisée, avec perte de qualité sonore, mais de clonage numérique, à l'échelle mondiale par l'intermédiaire du réseau planétaire. Il suffit de mettre une seule copie d'un CD en ligne sur un FTP, pour que des milliers, des millions d'internautes dans le monde puissent récupérer chez eux un clone parfait du CD original.
L'Etat français, la Sacem et les producteurs de CD vierges sont en train de discuter pour appliquer aux CD vierges cette taxe pour copie privée, comme pour les casettes. C'est un simple pansement sur une plaie béante. Ca ne suffira évidemment pas à régler le problème et à rassurer les compositeurs.
C'est aussi tout le grand débat autour des affaires Napster et Mp3.com ! Et nous, compositeurs, nous retrouvons au beau milieu de ce champ de bataille, entre d'un coté les multinationales de l'industrie du disque qui ne défendent globalement que leurs propres intérêts, leurs monopoles et leurs tirelires, et de l'autre, des start-up plutôt hypocrites et tout aussi mercantiles, qui mettent à disposition de tous les outils qui permettent de voler les fruits de notre travail, en prétextant que c'est pour notre bien !
Une étude de Forrester Reasearch, prévoit que les industries du livre et du disque perdront 4,6 milliards de $US à cause du piratage des oeuvres d'ici 2005. Un des points intéressant de ce rapport, est qu'il prédit un manque à gagner important dans les années à venir pour les majors, du fait de leur perte de contrôle sur la distribution musicale en prévoyant un grand transfert des revenus de la vente de musique vers des petites structures. Selon le rapport, en 2005, ce transfert sera de un milliard en faveur des musiciens, de 1,3 milliards en faveur des auteurs, et de 2,8 milliards vers les fournisseurs de services tiers.
S'ils savent s'y prendre, les auteurs n'ont pas forcément tout à perdre dans cette histoire. Dans l'immédiat, ce sont surtout les majors qui s'inquiètent !

Où en sont les contacts pris avec la Sacem ?

Ca avance lentement, mais ça avance. On appelle la Sacem, la "vieille dame". Elle vient de fêter ses 150 ans, et elle les fait bien. C'est vraiment une grosse structure, assez efficace mais difficile à bouger. Je joue le jeu pour le bien de la communauté, en espérant que tout ça va aboutir rapidement. En tous cas, j'ai un autre rendez-vous la semaine prochaine avec d'autres directeurs pour continuer d'étudier et mettre en place ce qu'ils appellent un "protocole de communication".
Tout ce que nous voulons, c'est avoir des interlocuteurs privilégiés à qui nous puissions faire part de nos questions juridiques, techniques, et à qui nous puissions aussi soumettre le fruit de nos réflexions.

L'internationalisation des réseaux permet-elle à des organismes nationaux d'assurer la gestion des droits d'auteurs ?

Pas du tout ! Dans cette histoire, tout le monde est complètement dépassé ! Les Etats comme les sociétés de gestion de droits d'auteur ! La Sacem, par l'intermédiaire du Sesam (organisme qui regroupe les sociétés de droits d'auteurs d'oeuvres multimédia), commence à mettre en place des accords avec de gros sites Web diffuseurs, promoteurs et vendeurs de musique comme Francemp3, mais c'est très lent... parce que c'est très compliqué. C'est vraiment une jungle à l'échelle nationale, alors au niveau mondial on n'est pas prêt de voir aboutir des accords.
Quand je pense que pour des sujets aussi sérieux que l'arrêt de l'utilisation des mines anti-personnelles, on n'est pas encore arrivé à un accord (les Etats-Unis, à l'origine du projet, ont refusé de signer), je me dis qu'il va falloir attendre encore longtemps pour une gestion internationale des droits d'auteur.
Toutes sortent de problèmes se posent, qui ne sont d'ailleurs pas spécifiques à la musique. Quelle législation appliquer dans cet espace virtuel mondial ? Celle du pays du serveur qui héberge les fichiers musicaux ? De la machine qui les télécharge ? Ou de la machine qui les alimente ? Les législations sur le droit d'auteur sont très différentes d'un pays à l'autre.
Dans les pays anglophones, il y a le copyright qui ne reconnaît pas le droit moral des auteurs. En France, ce droit morale oblige au respect du nom de l'auteur et de l'intégrité de ses oeuvres.
On en est vraiment aux prémices de la gestion de ce réseau. Or il se développe très vite. Il ne faudrait pas qu'on se fasse totalement déborder, ou que, par réaction, des législations trop contraignantes et extrémistes se mettent en place.
Le Net est encore un espace de liberté et d'échange, un magnifique champ de possibles Il serait dommage qu'il ne devienne plus qu'une énorme machine à fric et un outil de contrôle, de flicage et de manipulation, un grand "Big Brother", un inquiétant mélange du "Meilleur des mondes" d'Aldous Huxley et de "1984" de Georges Orwell.

© Internet Actu 21/9/2000

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