Jean-Christophe
Lemay :
"Le Net est une énorme bouffée
d'air frais
pour les musiciens !"

De
chez lui, dans son "home studio", le musicien
Jean-Christophe Lemay compose et diffuse ses oeuvres sur
Internet. Auteur du site Deepsound.net
consacré à son travail et modérateur
d'une
liste de discussion sur la musique, le droit d'auteur et la SACEM, il raconte l'histoire
d'amour entre Internet et la musique, ses grands élans
passionnés comme ses scènes de ménage.
Propos recueillis par Martin
Jouanneau
Internet Actu : Qu'est ce
qui pousse un jour un musicien à monter un site
Internet ?
Jean-Christophe Lemay : J'ai réellement découvert
le Net début 1999, quand j'ai changé de
configuration dans mon "home studio" et abandonné
mon Atari 1040 pour un PC musclé équipé
d'un modem. L'idée de pouvoir mettre en ligne du
contenu susceptible de toucher des millions d'internautes
dans le monde, assez facilement et à moindre coût,
m'a tout de suite enchanté.
L'univers de la production musicale, en France comme ailleurs,
est tellement clos, tellement figé et frileux,
presque imperméable, qu'on a l'impression, nous
les musiciens, de se trouver dans une chambre forte capitonnée
et de taper contre les murs en criant :"Eh ! Oh !
Il y a quelqu'un ?".
Essayez donc de prendre rendez-vous avec le directeur
artistique d'une major de l'industrie du disque pour lui
faire écouter vos oeuvres ! Quant à envoyer
un CD de démos à ces mêmes maisons
de disque, tout le monde sait bien que ça ne sert
plus à rien ! Alors quand en plus, elles mangent
tout ce qui peut rester de productions indépendantes
et qu'après, insatiables, elles se mangent entre
elles au point qu'il ne reste plus que deux ou trois mastodontes
internationaux... C'est l'étouffement de la création
!
Le Net est donc une énorme bouffée d'air
frais pour les musiciens. Il nous offre la possibilité
de mettre en ligne nos propres productions, de pouvoir
faire entendre nos musiques, et d'échanger des
avis, des critiques, et même lorsqu'on n'est pas
encore "signé", d'avoir la satisfaction
de se dire que nos titres ne sont plus dans des tiroirs
à la maison, mais à disposition d'un public
potentiel. C'est la fin de l'isolement !
Pour en revenir à ma propre expérience du
Net, j'ai appris tout seul, entre la composition de deux
titres, à programmer en HTML, javascript, etc.,
en étudiant les codes sources des pages Web qui
me plaisaient, et en achetant des livres. Pour mettre
la musique en ligne, le choix a été vite
fait. Real Audio, je n'aime pas : tant le son que la démarche
commerciale agressive ! Tous les titres sont donc en streaming
MP3.
Quel
écho recevez-vous de la consultation de votre site
?
Un très bon écho ! Et c'est ça le
grand bonheur du Net ! Le plus compliqué est de
se faire connaître, de faire connaître le
contenu de son site. J'ai donc passé beaucoup de
temps à référencer le site, manuellement,
à en parler dans les forums, les mailing-lists,
à échanger des liens... Deepsound.net
enregistre aujourd'hui 4.000 visiteurs uniques par mois
!
Pas mal de gens du monde entier m'ont écrit pour
me dire qu'ils appréciaient ma musique, et c'est
vraiment la bouffée d'air frais dont je parlais.
Quand un mec m'écrit d'Istanbul pour me dire qu'il
a adoré un de mes titres ("Turkish Fruits",
de l'ethno-bub avec du chant turc), je réalise
que le Net est vraiment une révolution !
En plus, j'ai une philosophie du Net qui m'a poussé
à mettre en ligne totalement gracieusement, des
pages d'infos et des outils pour les utilisateurs de sampleurs.
J'ai développé onze calculateurs en javascript
qui permettent de bidouiller des samples dans tous les
sens. C'est des heures, des semaines de boulot, et dès
le début, je savais que je les mettrais gratuitement
à disposition de tous sur le site. C'est ma petite
contribution à un Net basé sur l'échange
plutôt que sur le mercantilisme forcené.
Il n'y a aucune bannière de pub sur le site. Eh
bien, pour ces calculateurs, j'ai eu des dizaines de courriers
de compositeurs-musiciens du monde entier qui utilisent
maintenant ces outils pour travailler avec leurs sampleurs
! Ils ont fait l'objet d'un article dans "Sound On
Sound", le plus gros magazine anglais sur les musiques
électroniques. Et le plus gros magasin d'instruments
de musique de Paris m'a demandé de les incorporer
à son propre site Web.
Le Net a réellement ouvert un champ de possibilités
gigantesque, en réduisant les intermédiaires.
Dans la musique, il y a des quantités de sites
et de projets gratuits, de gens qui développent
des outils, qui compilent des infos, créent des
bases de données et rendent tout cela librement
et gratuitement accessible, pour le bien de la communauté.
C'est rassurant, vu le monde où on vit !
Quel
atout ce site a-t-il apporté à votre carrière
?
Un exemple. Je suis en ce moment en train de travailler
sur un album de trip-hop. En juillet dernier est sorti
mon premier album, Urban
Dream. Un musicien australien a visité le site
et m'a écrit pour me dire qu'il avait vraiment
aimé l'album. En bas de son mail, il y avait l'URL
de son site. Je vais jeter un oeil et je craque littéralement
sur un de ses titres !
Je lui écrit en lui parlant de mon projet de trip-hop
et en lui disant que j'aimerais vraiment retravailler
sur son titre, utiliser les voix pour faire un autre morceau
pour mon album. Il a été d'accord. Le lendemain,
je recevais les prises de voix par le Net. J'ai fais un
nouveau morceau, incorporé les voix, et une semaine
après, je lui faisais parvenir une version en MP3.
Il a adoré et il y a deux jours, le titre est passé
sur une grande radio FM en Australie, retransmis sur une
webradio également ! Le titre sera aussi sur mon
prochain CD.
Voilà ! C'est ça que m'apporte le Net aujourd'hui
! Rencontrer des gens du monde entier, échanger
des idées, de la musique, créer ensembles
et à distance, faire écouter ma musique
à d'autres et avoir des avis, écouter la
musique des autres sans que celle-ci soit passée
à travers le puissant tamis des majors. Et ça,
ça les fait flipper.
Car depuis plusieurs années, il est possible de
s'équiper en matériel et de monter son propre
studio, de plus en plus performant et de moins en moins
cher. On peut donc se passer d'eux pour produire notre
musique. Si en plus, on a la possibilité de la
diffuser et de la vendre nous-mêmes, je comprends
qu'ils prennent peur.
Cela dit, ils ne sont pas prêts de disparaître
! En fait, ce sera à nous de nous organiser sur
le Net, de nous regrouper, et de créer des portails
alternatifs, indépendants, associatifs, de fonder
des collectifs et de les faire connaître du public.
Car le problème est là ! Il ne suffit pas
de mettre sa musique sur son site perso pour avoir l'assurance
de la faire entendre ou de la vendre. Il faut se faire
connaître.
Deepsound
est quasiment intégralement rédigé
en anglais. Pourquoi ?
J'échangeais avec beaucoup de personnes dans le
monde entier, et il m'a semblé évident que
si je voulais toucher tous ces gens, l'anglais était
le meilleur moyen. Il y a d'ailleurs un petit texte là-dessus
en bas de la page d'accueil de Deepsound.net.
Je suis plutôt du genre à ne pas aimer l'impérialisme
américain, tant culturel que politique, mais il
faut bien avouer que l'anglais est un outil très
pratique, car il est devenu, de fait, la langue internationale
du Net.
Je n'oublie pas pour autant mes compatriotes et la langue
de Molière, que j'adore. Depuis un an, j'ai le
projet de traduire le site en français, mais je
n'ai pas eu le temps. La seule chose que l'on peut trouver
sur le site qui est en Français, c'est la page
des onze calculateurs, parce que les visiteurs me l'ont
souvent demandé.
Quels
aménagements voudriez-vous apporter à Deepsound
?
Dans l'immédiat, je n'ai pas beaucoup de temps
à consacrer au développement du site. J'aimerais
le traduire en français, et développer les
pages sampleurs. De plus, j'ai eu beaucoup de propositions
de gens qui ont développé d'autres calculateurs
pour la musique électronique à utiliser
en ligne. Ils aimeraient que je les incorpore à
mes pages. J'en ai vraiment envie, mais je suis débordé
de boulot.
Comment
l'idée d'une liste de discussion sur la Sacem a-t-elle
germée ?
Comme souvent, ça a commencé par une préoccupation
personnelle. Il a cinq ans environ, j'ai cherché
à me renseigner sur ce qu'était mon métier
de compositeur. J'étais déjà à
la Sacem à l'époque, mais je ne connaissais
quasiment rien aux droits d'auteur. J'ai fait des stages,
notamment ceux de l'Irma, une association parisienne qui
fait la promotion des musiques actuelles au sens très
large.
Il y a deux ans, j'ai signé un gros contrat d'édition,
et pendant le mois et demi qu'a duré la négociation,
j'ai vraiment planché sur la question.
Je me suis aperçu que le sujet des droits d'auteurs
et de la Sacem étaient récurrents dans les
mailing-lists sur la musique auxquelles j'étais
abonné, et surtout qu'une grande majorité
de compositeurs, membres ou non de la Sacem, ni comprenait
pas grand chose. Alors, je me suis lancé !
Mon idée est simple : utiliser ce fabuleux outil
qu'est Internet pour rassembler les auteurs, compositeurs
et éditeurs de musique en France et échanger
de l'information. J'avais acquis quelques compétences
dans le domaine. Au lieu de les partager ici ou là,
de manière ponctuelle, je me suis dit qu'il serait
plus pratique de créer un lieu, un espace commun.
Il fallait que chacun puisse échanger et partager
ses connaissances. Les droits d'auteur de musique, la
propriété intellectuelle, le fonctionnement
de la Sacem sont des questions vraiment complexes. Même
les spécialistes ne sont pas toujours d'accord
sur certains points. Alors les auteurs...
Rapidement, j'ai essayé d'établir un contact
avec la Sacem. De nombreuses
questions restaient sans réponse sur la liste,
et nous voulions les leur poser directement. Rien ne vaut
l'information à sa source !
J'ai donc envoyé plusieurs e-mails, et après
quelques temps, j'ai enfin réussi à établir
le contact avec deux directeurs de département.
Nous nous sommes vus, je leurs ai exposé mon projet,
et ils ont très vite vu l'intérêt
de la chose, tant pour eux que pour nous.
Jusqu'à présent, quelqu'un qui avait une
question à leur poser devait aller les voir, ou
leur téléphoner. Il obtenait sa réponse
et repartait. Avec la liste de discussion, quand une personne
obtient une info, il peut la faire partager à tous
les abonnés ! J'adore cette idée du partage
et de l'échange de l'information.
Enfin, j'ai aussi voulu créer cette liste pour
qu'elle soit un pôle de réflexion sur la
musique et le droit d'auteur à l'ère du
numérique, du MP3 et d'Internet. Nous sommes en
train de vivre une grande révolution avec le Net,
et la musique, immatérielle par essence, est directement
touchée par ces bouleversements. Tout le monde
réfléchit à la chose, le ministère
de la Culture, la Sacem, les juristes, les majors, les
businessmen, les journalistes..., et il m'a semblé
que nous étions quand même les premiers concernés
par nos propres droits et qu'il était important
que nous, les auteurs-compositeurs, puissions nous rassembler
pour y réfléchir, échanger nos points
de vues et nous faire entendre ! C'est un des grands atouts
du Net que de permettre ces associations "virtuelles".
Je viens de lire le
rapport Mariani-Ducray sur les SPRD (Sociétés
de Perception et de Répartition des Droits d'auteurs).
Ce projet de liste va tout à fait dans le sens
de ses recommandations. On lit notamment qu'il faut "Profiter
du développement des techniques numériques
pour faciliter l'information des SPRD a destination de
leurs associés", et aussi "Améliorer
autant que possible la connaissance qu'ont les créateurs
et interprètes eux-mêmes du système
économique et juridique de la propriété
intellectuelle en France et dans le monde, en dehors de
l'information que leur apportent utilement les SPRD".
Combien
de personnes contribuent-elles à la liste ?
Nous sommes à ce jour 140 abonnés à
la liste, et ce en 4 mois d'existence. C'est bien la preuve
qu'il y avait une demande de la part des auteurs. Ce projet
draine beaucoup de gens différents : des auteurs,
des compositeurs, membres ou non de la Sacem, mais aussi
des éditeurs de musique, des responsables de copyrights,
des juristes spécialisés dans la propriété
intellectuelle, des avocats, des producteurs de musique,
des responsables de la Sacem, pour le plus grand bien
de la liste. Beaucoup d'information y circule, et les
débats sont de qualité.
Parallèlement, et toujours dans le but de rendre
l'information disponible au plus grand nombre, j'ai développé
un site Web. Toutes les informations importantes qui circulent
sur la liste, je les incorpore au site, les organise,
pour que chacun puisse y accéder, même sans
être abonné à la liste. Je trouvais
idiot et inefficace que le contenu de nos échanges,
qui peut tout à fait servir à d'autres,
se perde dans les entrailles des archives de la liste.
Le site permet également d'approfondir certaines
choses, comme par exemple des dossiers spéciaux.
Le premier qui est en ligne, est sur les uvres générées
par ordinateur, par logiciel, et les problèmes
juridiques et éthiques que cela pose quant au droit
d'auteur.
La
liste s'intéresse-t-elle exclusivement à
la musique numérique ?
Non. Nous y parlons de création musicale au sens
large, et de droit d'auteur en général.
Nous ne pouvons pas dissocier le numérique du reste,
quand bien même celui-ci pose de nouveaux problèmes.
Les
questions qui circulent sur la liste sont du genre
: "Comment faire pour avoir un pseudonyme à
la Sacem ?" ou bien "Est-ce que je peux faire
valoir la diffusion des mes titres sur Francemp3.com pour
m'inscrire à la Sacem ?" On y parle de piratage,
de l'affaire Napster, de l'auto production de disques,
etc.
Quelles
implications spécifiques la composition numérique
a-t-elle en matière de droits d'auteurs ?
Si c'est de la création musicale dont on parle,
il est clair que le numérique nous apporte aujourd'hui
des outils fabuleux ! Nous pouvons auto-produire notre
musique à la maison dans des "home studio"
de plus en plus professionnels et de moins en moins chers.
Le numérique nous permet maintenant de réaliser
des projets musicaux vraiment très "pro",
à moindre coût.
Imaginez le prix des studios d'enregistrement il y a 10
ou 15 ans ! Pour avoir un enregistreur 16 ou 32 pistes
et la table de mixage qui allait avec, il fallait plusieurs
millions de francs. Aujourd'hui, il y a des softs qui
travaillent entièrement en numérique, avec
table de mixage incorporé et qui permettent d'enregistrer
de 64 à 128 pistes audio et tout ça pour
5 ou 10.000 FF. C'est une révolution pour la création
musicale !
Maintenant, cela pose quelques problèmes. Par exemple,
le développement de logiciels de composition automatique
comme Midal, qui permet de générer plus
de 10 milliards de mélodies en un seul clic! Est-ce
encore de la composition ? Peut-on encore qualifier ces
musiques d'uvres de l'esprit au sens du Code de
la Propriété intellectuelle (CPI) ? Nous
y réfléchissons et essaierons de pousser
d'autres à y réfléchir avec nous.
D'autres problèmes surgissent aussi par rapport
à l'utilisation de samples et du sampling dans
les compositions. Les nouveaux outils numériques
permettent d'utiliser des parties d'uvres existantes,
de les extraire d'un CD, de les bidouiller, de les détourner
et de les incorporer dans son propre travail. Ca pose
évidemment la question du droit d'auteur, du droit
des interprètes et du producteur.
Et
en matière de diffusion numérique ?
Les vrais problèmes sont là ! Jusqu'ici,
la loi avait prévu le manque à gagner des
auteurs-compositeurs et éditeurs en instituant
ce qu'on appelle la redevance pour "copie privée".
Le CPI accorde à tous le droit de faire des copies
des disques et des cassettes achetés, d'enregistrer
les programmes musicaux à la radio... pour un usage
privé, dans le strict cadre du cercle familial.
Des taxes sur les supports vierges, cassettes audio et
vidéo, sont encore prélevées et reversées
aux auteurs.
Aujourd'hui, il ne s'agit plus de copie privée
"analogique", très localisée,
avec perte de qualité sonore, mais de clonage numérique,
à l'échelle mondiale par l'intermédiaire
du réseau planétaire. Il suffit de mettre
une seule copie d'un CD en ligne sur un FTP, pour que
des milliers, des millions d'internautes dans le monde
puissent récupérer chez eux un clone parfait
du CD original.
L'Etat français, la Sacem et les producteurs de
CD vierges sont en train de discuter pour appliquer aux
CD vierges cette taxe pour copie privée, comme
pour les casettes. C'est un simple pansement sur une plaie
béante. Ca ne suffira évidemment pas à
régler le problème et à rassurer
les compositeurs.
C'est aussi tout le grand débat autour des affaires
Napster et
Mp3.com ! Et nous, compositeurs, nous retrouvons
au beau milieu de ce champ de bataille, entre d'un coté
les multinationales de l'industrie du disque qui ne défendent
globalement que leurs propres intérêts, leurs
monopoles et leurs tirelires, et de l'autre, des start-up
plutôt hypocrites et tout aussi mercantiles, qui
mettent à disposition de tous les outils qui permettent
de voler les fruits de notre travail, en prétextant
que c'est pour notre bien !
Une étude de Forrester Reasearch, prévoit
que les industries du livre et du disque perdront 4,6
milliards de $US à cause du piratage des oeuvres
d'ici 2005. Un des points intéressant de ce rapport,
est qu'il prédit un manque à gagner important
dans les années à venir pour les majors,
du fait de leur perte de contrôle sur la distribution
musicale en prévoyant un grand transfert des revenus
de la vente de musique vers des petites structures. Selon
le rapport, en 2005, ce transfert sera de un milliard
en faveur des musiciens, de 1,3 milliards en faveur des
auteurs, et de 2,8 milliards vers les fournisseurs de
services tiers.
S'ils savent s'y prendre, les auteurs n'ont pas forcément
tout à perdre dans cette histoire. Dans l'immédiat,
ce sont surtout les majors qui s'inquiètent !
Où
en sont les contacts pris avec la Sacem ?
Ca avance lentement, mais ça avance. On appelle
la Sacem, la "vieille dame". Elle vient de fêter
ses 150 ans, et elle les fait bien. C'est vraiment une
grosse structure, assez efficace mais difficile à
bouger. Je joue le jeu pour le bien de la communauté,
en espérant que tout ça va aboutir rapidement.
En tous cas, j'ai un autre rendez-vous la semaine prochaine
avec d'autres directeurs pour continuer d'étudier
et mettre en place ce qu'ils appellent un "protocole
de communication".
Tout ce que nous voulons, c'est avoir des interlocuteurs
privilégiés à qui nous puissions
faire part de nos questions juridiques, techniques, et
à qui nous puissions aussi soumettre le fruit de
nos réflexions.
L'internationalisation
des réseaux permet-elle à des organismes
nationaux d'assurer la gestion des droits d'auteurs ?
Pas du tout ! Dans cette histoire, tout le monde est complètement
dépassé ! Les Etats comme les sociétés
de gestion de droits d'auteur ! La Sacem, par l'intermédiaire
du Sesam (organisme
qui regroupe les sociétés de droits d'auteurs
d'oeuvres multimédia), commence à mettre
en place des accords avec de gros sites Web diffuseurs,
promoteurs et vendeurs de musique comme Francemp3, mais
c'est très lent... parce que c'est très
compliqué. C'est vraiment une jungle à l'échelle
nationale, alors au niveau mondial on n'est pas prêt
de voir aboutir des accords.
Quand je pense que pour des sujets aussi sérieux
que l'arrêt de l'utilisation des mines anti-personnelles,
on n'est pas encore arrivé à un accord (les
Etats-Unis, à l'origine du projet, ont refusé
de signer), je me dis qu'il va falloir attendre encore
longtemps pour une gestion internationale des droits d'auteur.
Toutes sortent de problèmes se posent, qui ne sont
d'ailleurs pas spécifiques à la musique.
Quelle législation appliquer dans cet espace virtuel
mondial ? Celle du pays du serveur qui héberge
les fichiers musicaux ? De la machine qui les télécharge
? Ou de la machine qui les alimente ? Les législations
sur le droit d'auteur sont très différentes
d'un pays à l'autre.
Dans les pays anglophones, il y a le copyright qui ne
reconnaît pas le droit moral des auteurs. En France,
ce droit morale oblige au respect du nom de l'auteur et
de l'intégrité de ses oeuvres.
On en est vraiment aux prémices de la gestion de
ce réseau. Or il se développe très
vite. Il ne faudrait pas qu'on se fasse totalement déborder,
ou que, par réaction, des législations trop
contraignantes et extrémistes se mettent en place.
Le Net est encore un espace de liberté et d'échange,
un magnifique champ de possibles Il serait dommage qu'il
ne devienne plus qu'une énorme machine à
fric et un outil de contrôle, de flicage et de manipulation,
un grand "Big Brother", un inquiétant
mélange du "Meilleur des mondes" d'Aldous
Huxley et de "1984" de Georges Orwell.
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Internet Actu 21/9/2000