|
WebMusic : Que pensez-vous de la création de Saceml (Salon de Auteurs, Compositeurs et Éditeurs libres) ? La SACEM
n'etait-elle pas satisfaisante à vos yeux ?
François Peyrony :
Sur le plan de la communication, certainement pas.
La Sacem ne cherche pas à être un point de rencontres entre auteurs : la
preuve, il n'y a pas, au siège, de cafétéria ! (c'est une boutade, mais c'est quand même
symptomatique...)
Bernard Coquelet :
Elle ne l'est pas encore...elle va le devenir grâce a nous ! Elle est
confrontée, comme toutes les structures hypersensibles au phénomène NTIC, à
une mutation profonde.
Et vous....que faites vous pour cette mutation ????
Alors parlons moins et mettons nous au travail....et la Sacem sera l'outil performant dont nous rêvons tous.
Peter H. :
Un but intéressant pour la mailing liste est de regrouper le plus grand
nombre d'adhérents, compositeurs ou autre, pour avoir réellement un certains
poids à terme, et donc de pouvoir établir plus de liens directes avec les
organes de prises de décisions de la SACEM. L'objectif serait alors d'avoir
vraiment notre mot à dire voire une influence directe sur les décisions
futures de la SACEM.
Régis Lamora :
Il y a des gens, comme moi, pour qui la Sacem reste un organisme
mystérieux, parce que l'on manque d'information. En téléphonant au siège
de la Sacem, 90 % des questions posées ne trouvent pas de réponse. Et
comprendre la substance de l'accord passé dans les actes d'adhésion
n'est pas chose aisée pour qui n'a pas de bagage juridique.
Il n'existe pas, à ma connaissance, de F.A.Q. sur la Sacem, et le site
de Jean-Christophe porte en lui toutes les potentialités du
développement d'une information accessible, diversifiée, accréditée par
la Sacem elle-même suite à nos débats torrides, de l'éclaircissement de
quelques idées préconçues sur la Sacem et le système de répartissable,
par exemple.
Il ne s'agirait donc pas de servir de béquille, ou d'afficher la
prétention de "rajeunir la vieille dame", mais plutôt d'établir une
passerelle intelligente entre elle et nous.
WebMusic : Les droits d'auteur tels que les défendent la SACEM sont-ils condamnés à disparaître ou
évoluer ?
François Peyrony :
Disons qu'on fera tout pour que ça ne disparaisse pas. Le droit d'auteur
n'est pas un privilège, mais bien la meilleure manière de corriger une
inégalité entre la rémunération d'un travail productif matériel, facilement
monnayable, et celle d'un travail productif immatériel (comme toute oeuvre
de l'esprit), moins simple a mettre en place.
Et puis, pourquoi "condamnés" ? Comme si les droits d'auteurs étaient
atteints d'une maladie incurable... C'est au contraire, nous l'affirmons,
parfaitement sain !
Bernard Coquelet :
Ils sont seulement appelés à être étendus et être complétés. Cela peut très
bien se faire sans "une mise à mort des créateurs" savamment orchestrée et
bêtement suivie par une bonne partie de la presse et de l'opinion
publique. Toujours le mythe de la gratuite et de l'artiste maudit !
Au risque de me répéter, il ne faut pas tout mélanger : le problème de la place du
créateur, la concentration à la fois verticale et horizontale des Majors.
Il y a la dedans des problèmes de déontologie, de choix de société, et de politique
asservie ou non a l'économie. Beaucoup de choses qui ne permettent en aucun cas
de se débarrasser des créateurs sans un minimum de réflexion.
J'insiste. Le mythe de la gratuité est un des paramètres de cette
problématique et nous devons y réfléchir ensemble.
Mes revenus de compositeur sont ceux de mon travail Je suis prêt à les
échanger contre des revenus équivalents. Mais quelle solution proposent
tous ces gens plein d'imagination ? Sont-ils eux aussi créatifs en la
matière ? Sont ils prêts a remettre en jeu leurs propres revenus autant de
fois que nous remettons les nôtres en jeu ? Pourquoi toujours mettre les
créateurs en position d'accusé ?
La société a t elle besoin d'Artistes ? Si vous répondez "oui" la
question de la SAcem n'est pas un réel problème et nous y réfléchissons ensemble
Si vous répondez "non"...éteignez vos radios, brûlez vos CD !
Si vous étés assez vicieux pour répondre que vous n'en ferez rien, envoyez
moi une photocopie de votre feuille de paye et partageons ensemble cher
frère ! Mes enfants passent a table aux mêmes heures que les vôtres et
après tout je ne vaux pas "moins" que mon prochain !
Peter H. :
A mon avis le droit d'auteur ne peut pas disparaître. Ce serait comme
dire que l'on supprime les droits de l'homme car ils ne correspondent plus à
une tendance économique et politique d'un moment. Le droit d'auteur est un
droit inaliénable. Il est clair qu'il va s'adapter à la nouvelle conjoncture
comme il s'est adapté à l'apparition de la K7.
WebMusic : Quelles alternatives, quels autres modèles peut-on imaginer pour rémunérer les auteurs
dont les oeuvres peuvent être téléchargées ? Par la pub ?
Bernard Coquelet :
Et qui paye la pub selon vous ? Quand on parle d'intermédiaire entre le
producteur et le consommateur...en voila un qui fait bien monter le prix non ?
WebMusic : l'histoire du "business" de la musique est marquée sans cesse par une course-poursuite
entre gendarmes et voleurs, marchands et pirates. Chaque innovation technologique vient
bouleverser la donne (K7, graveur, mp3, ou même le sampler). La prochaine étape viendra
telle de la technologie ou de la législation (ou les deux bien sûr) ? Les droits d'auteur
seront-ils défendus par d'un nouveau moyen de contrôle ou de cryptage ?
Peut-on trouver un moyen de protéger la création sans brider la liberté de diffusion
apportée par le Web ?
François Peyrony :
L'histoire du "business" de la musique est celle de l'histoire du "business"
en général, rien d'étonnant à cela. Toute législation est là pour faire que
les choses s'harmonisent au mieux. S'il faut pour cela se doter d'un
attirail de contrôle ou de cryptage, c'est peut-être dommage, mais c'est
pour une bonne cause, celle des droits de l'homme.
Et puis la création est aussi une expression de la liberté !
Une liberté ne peut brider une autre liberté.
Mais liberté ne veut pas dire libre-arbitre, c'est-à-dire
je-fais-ce-que-je-veux-quand-je-veux...
La liberté de chacun s'arrête à la frontière de la liberté de l'autre. A
nous tous de trouver ce terrain d'entente.
Bernard Coquelet :
Il ne faut pas dramatiser. Tant que le moyens de faire des échanges sont
équitables, tout est possible. Il faut surtout un désir d'équité, et à
pousser les paroxysmes trop loin, je ne pense pas que ce soit
constructif. Entre le mythe de la gratuité et l'actionnariat sauvage des
majors, dans lequel on jette les créateurs, il y a une place pour réfléchir
et s'installer à une table de discussion.
D'ailleurs à qui la discussion fait peur ? Aux majors ou à ceux qui
veulent tout gratuit ? Personellement je dirais au deux. Et c'est bien là le fond
de commerce de la presse, qui nous envie d'ailleurs une institution comme la
Sacem. N'est ce pas messieurs les journalistes ?
Quant au fait protéger la création sans brider la liberté de diffusion, oui,
totalement. Le numérique permet aussi bien de violer que de protéger. Je
dirais seulement que la technologie est allée plus vite que la société
humaine. Entre autres, la Sacem a été dépassée, il faut qu'elle rattrape
le temps perdu. Si elle lit cette liste ...c'est un bon début !
Régis Lamora :
Ni la technologie, ni la législation ne règleront le problème voleurs-volés.
L'innovation technologique bouleverse la donne, soit, mais il me
semble difficile de retourner ses effets contre elle-même. Il parait que
toutes les clés électroniques sont cassables.
La loi quant à elle punit le vol, mais ne règle pas le problème de
l'existence du vol.
WebMusic : Les intérêts des musiciens ne sont pas les mêmes que ceux des producteurs,des majors,
etc...Pourtant, les groupes qui avaient voulu s'affranchir de leurs labels et mettre leur
musique en téléchargement payant sur Internet se retrouve dans la même situation.
Bernard Coquelet :
Les équilibres sont à revoir dans une nouvelle donnée économique.
Il ne faut pas oublier que le concept anglo-saxon du copyright et de la
musique marchande est une forme bien plus aboutie du capitalisme, au sens
financier du terme, que le droit d'auteur. En effet,
la Sacem est une société de gestion collective, avec des représentants
auteurs, compositeurs, éditeurs qui perçoivent des droits, et qui ne sont pas
des actionnaires dans un conseil d'administration ayant "droit de vie et de
mort" sur des sociétaires, qu'ils aient écrit "le petit vin blanc" ou "les
dix commandements" ce sont des gens du métiers, qui sont parfois en haut,
parfois en bas. Ceux la pourront toujours comprendre le problème d'un de
leurs pairs, mettre des systèmes d'entraide en place (mutuelle, fond de
soutien etc.)
Tout cela n'existe pas dans le copyright, parce que chacun roule pour son
tiroir caisse.
La logique du copyright n'aborde pas du tout le problème par ce biais et seul le
commerce prime. Si on pousse la logique, un actionnaire de Vivendi ou
Seagram ne sait pas qu'il peut faire des dégâts dans la musique quand il vote
pour ou contre des gens de grande valeur,au nom du seul profit.
Je préfère cent fois une société paritaire avec ces gens du métier, même si
elle n'est pas parfaite qui perçoit et repartit sans se mêler plus que ca
de la carrière d'un artiste.
Je pense qu'il faut réfléchir au droit d'auteur dans cette perspective, et
veiller a ce que la mondialisation, que je ne rejette pas, ne nous fasse
pas marcher a genoux pour autant.
Je crois aussi qu'il faut faire un effort de décryptage pour ceux qui
lisent la presse quand elle parle du droit d'auteur. Elle pratique
invariablement l'amalgame droit d'auteur-major-scandale-gratuité, en
surfant en permanence sur le sacrifice de l'artiste. Elle l'aime, elle s'en
nourrit, mais elle aimerait bien le voir disparaître, un peu comme les
jeux du cirque non ?
WebMusic : Quel est le véritable intérêt du public amateur de musique ?
Et des musiciens ?
Peter H. :
Je crois que grâce à Internet la musique peut gagner plus d'authenticité
et une plus grande diversité. En effet, je comparerais ceci à un petit
producteur, de fromage par exemple, qui va produire avec un savoir faire,
une spécificité qui lui est propre. Son objectif sera de faire un bon
produit dont il est fier et qu'il va s'empresser de vendre sur les petits
marchés. Cependant le fromage qu'il vend est plus cher que les fromages
standardisés que l'on achète dans les supermarchés. Cela permet au
producteur de vivre décemment, cela permet aussi de préserver la diversités
des fromages de qualités dans les différents marchés, ce qui ravi le
consommateur. Je pense qu'il faut reproduire ce modèle dans la musique.
Internet représente ces marchés où tous musiciens peut y vendre sa musique
faite sans contraintes, en toute liberté. L'amateur de musique lui va
chercher le petit producteur sur le net. Il faut qu'il puisse "goûter" et si
cela lui plait il achète, à un prix un peu plus élevé que la musique
standardisées des majors. Ensuite le bouche à oreille sur le net ou
ailleurs, permet à l'artiste soit de vendre soit de ne pas vendre comme sur
les petits marchés de quartier. La musique y gagne, le musicien y gagne. Il
faut par contre une législation adaptée au bon fonctionnement de ce modèle
c'est là où la SACEM doit intervenir en empêchant les abus de piratage
affin de préserver le bon fonctionnement du système c'est à dire une
musique de qualité, d'une grande diversités ainsi qu'un grand nombre de
producteurs.
Michel Gullo :
Jusqu'à maintenant, le public, amateur de musique, devait faire son choix
parmi des chanteurs et des musiciens sélectionnés par des têtes
dirigeantes (TV, radio, supermarchés, majors...). Avec Internet, il n'est
plus restreint, la porte est grande ouverte, il a accès à toutes les
musiques. Bien sur, ce n'est que le début, il y a encore beaucoup de travail
à faire et on sait bien, que pour le moment, sans gros moyens de publicité,
un petit site est aussi perdu qu'une ferme au Larzac. Mais avec des
regroupements, des idées nouvelles, des dynamiques différentes, tout peut
arriver.
Régis Lamora :
Pour l'amateur : de la musique gratuite, la découverte, la commande en
ligne...
Pour les musiciens : être mieux vu, gagner des sous, manger !
©
Webmusic - Saceml 21/9/2000
|