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Midem 2002 - Etat de l'industrie de la musique
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  Janvier 2002 - Le Midem, comme tous les ans, est le moment pour l'industrie du disque de faire le point sur l'année passée (2001, donc), et en général de s'envoyer des fleurs. Mais c'est aussi le moment pour ceux qui s'inquiétent du développement monopolistique (et non-éthique) des Majors, de se faire entendre ! Et c'est particulièrement cette année le moment de faire le point sur le passé, le présent et l'avenir de la musique en ligne. Voici une petite compilation d'articles récents, informatifs et/ou critiques, sur le sujet.
Note importante - Copyright des textes



Sommaire :

Les multinationales du disque verrouillent la musique on-line
Les labels indépendants préoccupés par le marché du disque
Six dossiers capitaux
Et le gagnant est... Vivendi Universal !
Enquête sur les liens entre télé et industrie du disque : main basse sur les tubes
Edition musicale Le Midem à l'heure de la télé réalité
Une année record pour le marché français du disque
Musique en ligne : règlements de compte au MidemNet
Midem sur fond de boom français
Payer la musique sur Internet: l'offensive est lancée
La bataille contre les sites pirates paraît perdue d'avance
Les disquaires n'ont pas peur. Pas encore...
Une arrivée en ligne ratée. Pourquoi le MP3 reste le roi
Bon cru 2001 pour l'édition musicale française
Les majors arrivent à reculons sur le net
Clones en stock
Pascal Nègre : "Internet ne va pas tuer le disque en un jour"
Midem : nouveaux "business models" pour la musique en ligne
Midem : l'industrie de la musique se rassure - à tort ?
Midem : "L'avenir musical est au streaming, au téléchargement et aux mobiles".
Interview de Xavier Roy, organisateur du Midem
Cette directive qui embarrasse la France
Les difficultés de la musique en ligne ne préoccupent pas les participants au Midem



Ouvrons le bal avec ce que j'appellerais :
La (très et néanmoins pas nouvelle) mauvaise foi de Pascal Nègre.

Dans une interview qu'il a donné au Figaro, voilà ce qu'il dit (extraits) :
(Pour lire l'intégralité de l'interview, cliquez ici)

"Aujourd'hui, "Universal Music France" représente plus de 36 % du marché national et la consommation de musique en France a progressé de près de 10 %.
Il y a deux explications à ces bons résultats : l'impact des 35 heures qui laisse plus de temps pour les loisirs, et une forte progression des ventes des artistes locaux. Garou (Sony Music) est la meilleure vente de cette année, on trouve ensuite "PopStars" et "Star Academy", Noir Désir, Alizée ou Matt, des artistes "Universal".../
Avec ces deux albums (Popstars et StarAcademy) nous atteignons 2 % des ventes de disques en France pour 2001. Un très bon résultat à l'image d'un marché en forte progression qui dégage près de 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires brut, soit 1,2 milliards d'euros net.
"PopStars" et "Star Academy" ont contribué à cette croissance, en favorisant notamment le trafic dans les magasins. Les deux albums représentent 5% du chiffre d'affaires d' "Universal Music France".
Par contre, il faut arrêter de penser que le matraquage médiatique fait le "hit". La communication représente seulement 10 % de nos dépenses cette année. La seconde meilleure vente pour "Vivendi Universal" a été enregistrée par le groupe Noir Désir. Finalement, nous n'avons pas eu "Loft Story", mais nous avons fait beaucoup mieux avec "Star Academy" et "PopStars".

Résumons l'analyse de ce cyber-manipulateur :

1/ Grace à Popstars et StarAcademy, les producteurs indépendants vendent ou vont vendre plus de disques.
2/ Ce n'est pas grace aux millions mis dans la communication et la promotion, à l'accaparement des médias, au matraquage médiatique, et aux "deals" mafieux passés avec ces mêmes médias-diffuseurs, que les majors vendent de plus en plus de disques au détriment de ceux (les producteurs indés) qui n'ont pas leurs moyens.
3/ C'est grace aux 35 heures.

T'as été mauvais, Pascal, sur ce coup. T'aurais dû répondre que si vous avez vendu autant de disque cette année, et plus que les autres, c'est parce qu'ils étaient de meilleurs qualités ! ;-]  

JC Lemay - 24/01/2002



Les multinationales du disque verrouillent la musique on-line.
Le Monde - le 24/01/2002

Le Midem (Marché international du disque et de l'édition ponographique) a fermé ses portes, mercredi soir, à Cannes, sur un bilan de fréquentation inférieur d'environ un millier de participants à l'édition 2001 (neuf mille cinq cents "accrédités", en 2002, venus de quatre-vingt dix-sept pays)."Les défections proviennent surtout des Etats-Unis, commente Dominique Leguern, directrice du Midem. Les attentats du 11 septembre, la crise qui touch e l'économie et l'industrie du disque américaines en sont la cause. Nous manquent aussi les gens qui, ces dernières années, s'emballaient artificiellement pour la diffusion musicale on-line. L'heure n'est plus aux contes de fée." En prélude du salon, le MidemNet, consacré depuis trois ans au développement de cette industrie sur Internet, rassemblait moins de monde que lors des précédentes éditions.

"On me parle d'un gros gâteauironisait Pascal Nègre, patron d'Universal Music en France, je ne vois pour l'instant qu'un petit four. On annonçait la disparition des maisons de disques et des magasins. Nous sommes toujours là." Si, au cours de leur conférence de presse, les membres du Snep (Syndicat national de l'édition phonographique, regroupant, entre autres, les cinq multinationales du disque) rappelaient leurs exigences quant au droit exclusif des producteurs pour exploiter la musique en ligne, s'ils soulignaient l'urgence de la transposition des textes européens en droit français pour établir la responsabilité des opérateurs sur Internet et définir un "strict régime de copie privée", on sentait ces producteurs - forts des bons résultats 2002 du marché du disque en France (Le Mondedu 22 janvier) - plus sereins face aux menaces du Net.

Les majors ont en effet l'impression qu'elles pourront verrouiller la musique on-line à la fois en luttant efficacement contre la piraterie et en développant leur propre plate-forme de diffusion. Deux projets - PressPlay , initié par Universal Music et Sony, MusicNet, lancé par BMG, Warner et EMI/Virgin - suscitent maintes inquiétudes chez les plate-forme de diffusion et les producteurs indépendants. Les premières constatent que les multinationales renâclent à leur confier la diffusion de leur catalogue. "Nous travaillons avec 1.500 labels, expliquait Andrea Rossi, directeur de l'Italien Vitaminic, une des principales plate-forme numériques en Europe mais nous ne serons pas viables tant que nous n'accédèrons pas au catalogue des majors. Il n'est pas tolérable que les multinationales favorisent à outrance PressPlay et MusicNet." Même inquiétude chez les producteurs indépendants qui craignent que ces plate-formes ne leur imposent des conditions commerciales qui étranglent leur marge.

Longtemps promesse de liberté pour les petits producteurs et les artistes, Internet semble imposer une réalité plus restrictive, à l'image de la concentration toujours plus grande de l'industrie. Les représentants de l'UPFI (Union des producteurs phonographiques français indépendants) n'ont cessé de stigmatiser ces dérives. Parmi leurs principaux griefs : la collusion de plus en plus grande entre gros producteur et diffuseur média (Star Academy et Pop Stars semblent avoir traumatisé cette partie de la profession) et "un phénomène d'éviction des producteurs indépendants dû à l'inflation des coûts marketing". Faute de place et de diversité dans les magasins et les médias, les marchés spécialisés, habituels cibles des petites maisons de disques, risquent aussi de se raréfier. "Les niches ont tendance à se transformer en cercueil" estimait Patrick Zelnik, président de l'UPFI et directeur du label Naïve.  

Par Stéphane Davet

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Les labels indépendants préoccupés par le marché du disque.
Le Monde - le 16/01/2002

Les producteurs phonographiques indépendants français, préoccupés par l'"hyperconcentration du marché du disque", publient un Livre blanc dans lequel ils proposent plusieurs mesures de régulation, avec, à défaut d'accord interprofessionnel, l'intervention du législateur pour assurer les conditions d'une programmation plus diversifiée.

La publication de ce document intervient à quelques jours de l'ouverture, le 20 janvier à Cannes, du 36e Midem (Marché international du disque et de l'édition musicale). Le Livre blanc est édité par l'UPFI (Union des producteurs phonographiques indépendants), qui avait déjà publié en septembre 2000 un document du même type dans lequel il établissait le "diagnostic de l'hyperconcentration du marché du disque français".

L'UPFI, créée en mars 1993, regroupe en France une soixantaine de producteurs phonographiques indépendants, par opposition aux multinationales du disque ou "majors". Ces producteurs représentent environ 10 %à 15 % de l'industrie du disque en France, dont le marché est évalué à quelque 1,83 milliard d'euros.

Au cours d'une rencontre avec la presse mercredi, Patrick Zelnik, président de l'UPFI et PDG du label indépendant Naïve, a estimé que "l'exception culturelle est un faux débat (car) elle peut avoir des effets pervers". "Nous ne demandons pas un système comparable à celui qui existe dans le cinéma, car un système de protection totale n'est pas adapté au domaine de la musique, a-t-il estimé, mais un système d'incitation à l'investissement".

Pour le président de Naïve, le problème auquel se heurent en priorité les indépendants est l'accès à la publicité télévisée (autorisée pour le disque depuis 1988). Le montant des sommes engagées pour des campagnes de publicité télévisée pour le disque est tel, selon lui (de 460 000 à 760 000 euros en moyenne pour chacun des titres actuellement classés dans le Top 20) qu'il "a un effet d'éviction" des indépendants. La difficulté d'accès des indépendants à la publicité télévisée est notamment préjudiciable pour les nouveaux talents, souligne Patrick Zelnik.

Le président de l'UPFI a également manifesté ses préoccupations face au rétrécissement de l'offre musicale à la radio : en 1995, 56 300 chansons différentes avaient été diffusées à la radio, chiffre qui a chuté de 60 % en cinq ans, à 24 400. Toujours selon M. Zelnik, le nombre d'artistes différents diffusés en radio a été divisé par deux au cours de la même période, baisse là encore préjudiciable en premier lieu aux jeunes artistes et aux nouveaux talents.  

Par Le Monde-AFP

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Six dossiers capitaux.
Le Monde - le 18/01/2002

AVANT de se rendre au 36e Marché international du disque et de l'édition musicale (Midem), à Cannes, du 19 au 24 janvier, les producteurs, éditeurs et distributeurs de disques ont présenté, lors de différents points de presse, plusieurs dossiers prioritaires. Autant de sujets sensibles pour les indépendants, réunis notamment au sein de l'Union des producteurs phonographiques indépendants (UPFI) et de la Société civile des producteurs de phonogrammes en France (SPPF), mais aussi pour les majors représentés par la Société civile des producteurs phonographiques (SCPP), qui compte aussi des indépendants.

La copie privée. En autorisant aux particuliers la copie des œuvres enregistrées, le secteur a obtenu une rémunération dont le dispositif a été défini par la loi du 3 juillet 1985 sur les droits voisins, dite "loi Lang" (taux, assiette, répartition, 25 % des sommes perçues consacrées à la création...). Aux supports d'enregistrements sur cassettes audio et vidéo ont été ajoutés les CD enregistrables (250 millions d'unités vendues en 2001, contre 200 millions en 2000). La commission Brun-Buisson, chargée d'étudier les modalités de rémunération et son extension possible, travaille actuellement sur le cas des baladeurs de type MP3 (stockage de fichiers musicaux téléchargés sur ordinateur) ou de nouveaux supports comme les décodeurs-enregistreurs qui permettent le stockage de données audiovisuelles sur un disque dur. En revanche, la taxation des disques durs d'ordinateurs, régulièrement soulevée par les industriels de l'informatique et certains fabricants hostiles au principe de la rémunération pour copie privée, n'est pas à l'ordre du jour, même si la filière entend que la question ne soit pas évacuée. En 2001, les sommes perçues, étendues aux ayants droit de la propriété littéraire et artistique, pourraient atteindre 150 millions d'euros.

La licence légale. Le code de la propriété intellectuelle reconnaît au producteur le droit exclusif d'autoriser l'exploitation et la diffusion des œuvres enregistrées. Dans certains cas (diffusion radiophonique, lieux publics, établissements commerciaux...), le régime de la licence légale, exception à ce droit, est appliqué, moyennant une taxation forfaitaire, donc défavorable aux ayants droit. Les producteurs se mobilisent contre la possible extension de la licence légale à l'environnement numérique et Internet, réseau par nature international. Une commission d'arbitrage a été mise en place.

Un meilleur accès à la diffusion. Indépendants et majors entendent interpeller le Conseil supérieur de l'audiovisuel sur la place de la musique à la radio et à la télévision. Le secteur public propose peu d'émissions musicales ouvertes aux nouveaux talents ("Vlam" vient d'être supprimé sur France 5, Arte se concentre sur la période des festivals d'été). La musique en direct n'a quasiment pas droit d'antenne. Le lancement de la télévision numérique hertzienne est considéré comme une opportunité favorable à la création d'une chaîne musicale. A la radio, le système des quotas a permis à la production française de se développer, mais a induit la concentration des rotations des titres les plus vendus au détriment des nouveaux talents. Les indépendants souffrent d'une diminution de l'accès de leurs productions sur ce média et réfléchissent à l'instauration d'un système de plafonnement des rotations.

Le soutien à la création. Sans aides financières et incitations fiscales à la création, des maisons spécialisées dans les secteurs du jazz ou de la musique classique, mais aussi certains courants du rock ou de la chanson, ne pourront se développer et favoriser l'émergence de nouveaux talents. Les indépendants demandent que les pouvoirs publics renforcent leur action : aides à l'exportation, système d'avances remboursables à taux zéro, contrôle des cahiers des charges des radios, télévisions et lieux de spectacles qui sont un outil de promotion...

Le domaine public. La durée de protection des droits des auteurs-compositeurs a été fixée à 70 ans après leur mort. Celle des artistes-interprètes et producteurs est fixée à 50 ans après la première fixation sur un support. Passé ce délai, les enregistrements tombent dans le domaine public et peuvent être exploités sans contrepartie financière. Les professionnels demandent que les délais de protection soient harmonisés. Toutefois, certains indépendants, spécialisés dans la diffusion d'œuvres du domaine public, considèrent que la mesure les obligerait à cesser leur activité.

La baisse de la TVA sur le disque. Ce dossier fait l'unanimité chez les indépendants et les majors, qui demandent un taux réduit à 5,5 %, déjà appliqué au livre ou aux salles de cinéma. Les pouvoirs publics, favorables au principe, renvoient aux autorités de Bruxelles. La directive européenne sur la fiscalité sera réexaminée cette année.  

Par Sylvain Siclier

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Et le gagnant est... Vivendi Universal !
La voix du nord - le 12/01/2002

STAR ACADEMY et L5 (Popstars) ne quittent plus les premières places des ventes de disques. C'est simple : ces deux dernières semaines, quatre CD sur dix achetés en France sont les leurs. Les académiciens de TF1 ont placé plus de deux millions du single La Musique et plus d'un million d'albums. Partis plus tôt, les Popstars de M6 ont vendu en sept jours plus d'albums que Michael Jackson en deux mois. Ce succès commercial est le résultat d'une mécanique bien huilée, due à des groupes industriels puissants qui ne laissent plus rien au hasard. Détaillons.

Popstars était diffusé sur M6, filiale de RTL Group et, donc, propriété du géant allemand des médias, Bertelsmann. Popstars était produit et vendu à M6 par Expand, filiale de Canal + et donc propriété du géant français des médias Vivendi Universal. Sous le nom de L5, les Popstars ont enregistré sur le label Mercury Island, filiale de Vivendi Universal. L'un des trois membres du jury de sélection était d'ailleurs le directeur de Mercury Island. Une partie des titres enregistrés ont été écrits par Doriand, artiste Vivendi Universal. La promotion en est assurée par M6 mais aussi par Fun Radio et Fun TV (qui passe le clip une quarantaine de fois par semaine), toutes filiales de RTL Group.

Star Academy est diffusé sur TF1, filiale du géant du BTP et de la communication Bouygues. L'émission est produite par la société Endemol, que pourrait bientôt racheter le géant allemand Bertelsmann (vous suivez ?). Les académiciens ont enregistré chez Mercury Island, filiale de Vivendi Universal. Leur disque reprend des titres chantés en leur temps par Nicoletta (La Musique), Daniel Balavoine, Jacques Brel, Zazie ou Eddy Mitchell, tous artistes Vivendi Universal. D'autres artistes Vivendi Universal, comme Florent Pagny, le premier soir, Serge Lama ou Elton John, sont venus parrainer, à tour de rôle, l'émission. La prof de chant de l'académie, Armande Altaï, en a profité pour rééditer, sous le nom de « Remembo » et chez Vivendi Universal, ses albums de 1981 (Informulé) et de 1985 (Nocturne flamboyant). Le gagnant, ce soir, de Star Academy signera un contrat d 'un million d'euros (6,56 millions de francs) avec Vivendi Universal. Il se produira à l'Olympia, propriété de Vivendi Universal.  

Par Y. S.

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Enquête sur les liens entre télé et industrie du disque : main basse sur les tubes
Télérama - le 11/01/2002

Hier "La Lambada", aujourd'hui "Popstars", "Star academy"... Les chaînes privées se sont transformées en maisons de disques. De concert avec les "majors", elles lancent leurs propres "artistes", et, matraquage aidant, les propulsent au sommet. Tout le monde est gagnant. Sauf la diversité culturelle.

Ce matin-là, les élèves de la Star academy, mal réveillés, en baskets-survêts, s'entraînaient à un sport de combat. «Vous aurez besoin de vous défendre face aux fans, quand vous serez une star de la chanson», expliquait le prof musclé. Dans la salle du château de TF1, l'assertion n'a fait rire personne, et pour cause : leur premier single, une chanson oubliée de Nicoletta remixée façon goût du jour, sorti en décembre, a battu tous les records de vente, et serait même devenu l'«hymne officiel de toute une génération», ne craint pas d'affirmer TF1. Au même moment, un autre disque provoquait la ruée des préados dans les magasins : l'album des L5, le groupe créé par l'émission Popstars de M6. Même scénario : des jeunes (filles) formées à la danse et au chant en un temps record devant les caméras. Pour un même résultat : le sommet des hits, avec deux millions de disques vendus en moins de deux mois.

Popstars et Star academy, deux productions musicales initiées et orchestrées simultanément par deux chaînes de télévision. Deux chroniques d'un tube assuré. La question n'est pas de savoir si, en quelques semaines, des amateurs peuvent se muer en chanteurs. Ni même si les titres qui leur ont été concoctés à la hâte sont appréciables : dans tous les pays «popstarisés» (Angleterre, Allemagne, Australie, Hollande...), le téléspectateur a consommé sans modération le plat servi, propulsant illico ses chouchous au sommet des ventes. Parce qu'il les avait regardés, semaine après semaine, transpirer, souffrir, s'entraîner à chanter et à danser. Parce qu'il avait suivi les candidats lors du laborieux enregistrement de leur premier titre... Titre dont il fredonnait les paroles avant même la sortie du disque. Avec Popstars et Star academy, la télé prouve comme jamais qu'elle est une extraordinaire machine à tubes. Capable de monter, sans trop de risques et en un temps record, ce qu'une maison de disques construit sans assurance, en plusieurs mois ou années. «L'exposition télé réduit de manière considérable le côté aléatoire du disque», résume Olivier Jacobs, patron de RTL2 et de Fun Radio, ex-patron de M6 Interactions, responsable, entre autres, de l'énorme tube des candidats de Loft Story, Up and Down.

La télé a toujours fabriqué des stars, dira-t-on. Mireille Mathieu a été découverte et boostée par le petit écran. Popstars et Star academy ne sont que des versions modernes des radio-crochets d'antan. Et l'histoire de la chanson regorge d'exemples de groupes « fabriqués » par des maisons de disques. Mais, comme le note Yves Bigot, directeur de l'unité variétés, jeux et divertissements de France 2, «les moyens mis en oeuvre par la télévision se sont organisés, professionnalisés. Les télés se sont approprié les techniques de matraquage inventées dans les années 60 par les radios. La première fois qu'on l'a vraiment vu, c'était avec La Lambada».

Souvenez-vous, l'été 1989. Sur les écrans et les plateaux de TF1, des filles en pagne se déhanchent sur fond de cocotiers. La Lambada fait danser la France. Cette première opération de marketing fait un carton : cinq millions de disques vendus. Toutes les chaînes suivent. TF1 et M6 en particulier peaufinent leur métier de faiseurs de tubes à travers leurs filiales : Une Musique et Glem Production (TF1), M6 Interactions (M6). Jusqu'en 1997, le téléspectateur consomme - et achète - de la vahiné sexy, de l'Indien inspiré, de la variété pseudo-ethnique, répondant aux doux noms de Macarena, Yakalelo (chorégraphiées - déjà - par Mia Frye, chorégraphe « happy face » des Popstars), Pata Pata, et autres Carapicho. Les extraits des titres passent sur les chaînes plusieurs fois par jour, jusqu'à quatre cents fois dans l'été et, à quelques exceptions près, le jackpot fonctionne. Fabrice Nataf, directeur d'EMI Publishing, se souvient de cette chanteuse, Khadja Nin, « qui avait fait huit mille ventes grâce à un article élogieux de Télérama. TF1 en a fait son tube de l'été : on en a vendu trois cent mille ! ». Le syndicat du disque s'émeut de cette publicité déguisée, concurrence déloyale. En 1998, Le CSA exige que la durée de diffusion des clips ne soit pas inférieure à une minute trente : « Trop lourd à caser dans nos programmes, ça nous a bloqués », témoigne Nadine Laïk-Blanchard, présidente de Une Musique. Pas pour longtemps. Les boys bands, groupes d'éphèbes bodybuildés-épilés-huilés fabriqués par les maisons de disques pour les préados, débarquent. Ils sont furieusement télégéniques. TF1 et M6 succombent. Gérard Louvin, directeur de Glem Production, monte le quatuor Alliage : six cent cinquante mille singles vendus... TF1 se concocte une sitcom, Pour être libre, avec le boys band 2be3. M6 mise sur les Worlds Apart, qui boostent ses Dance Machine. Tout le monde l'a oublié, mais la petite chaîne tente même en 1997 de créer son girls band : Just for you. Quatre filles, dont Marcy, aujourd'hui danseuse dans la troupe Diamonds and Pearls : « C'était comme Popstars, témoigne la jolie brune, le casting était organisé par l'émission Fan de, sur M6, avec la maison de disques BMG. On nous disait qu'on deviendrait des stars. On nous a relookées, fait enregistrer un clip aux Bahamas, que M6 a ensuite passé tout le temps. Mais c'était l'été, il n'y avait pas d'émission pour assurer la promo. Les radios n'ont pas voulu de nous. Pendant ce temps, je ne bossais pas, je m'endettais. J'ai gagné 10 000 francs en quatre mois ! Alors, j'ai rompu le contrat. » La chanson s'intitulait Maintenant ou jamais : « Ce fut jamais ! », conclut Marcy avec amertume.

En 1995, M6 lance l'émission Graines de stars, qui se veut défricheuse de talents. Ce sera un groupe de Blacks romantiques, les Poetic Lovers : cinq cent mille ventes. Puis d'insipides jeunes filles en fleurs : Cylia, Alizée, Cécilia, Eve, etc. TF1 renchérit avec Drôles de petits champions. Autre vague porteuse : les comédies musicales. Personne n'a échappé à Roméo et Juliette (produit par Baxter, label de Glem Production) ou aux Dix Commandements (un partenariat M6/Universal). Enfin, la real TV, avec ses lofteurs et son tube Up and Down, néant musical, carton commercial, a fait vendre plus d'un million de disques...

Au final, quelques ratages, mais surtout des succès. «Avec sa politique industrielle de produits dérivés, M6 a toujours plusieurs titres au top des singles, ce qui n'était pas vrai il y a encore deux ou trois ans», note Jérôme Roger, directeur de l'UPFI (Union des producteurs phonographiques français indépendants). Signe de réussite : les petits producteurs auraient tendance à s'adresser directement à la télé plutôt qu'aux maisons de disques : «Aujourd'hui, tous les projets passent par chez nous, assure Alexis de Gémini, directeur délégué aux variétés, à la musique et aux opérations spéciales de M6. «Nous sommes le premier label de disques pour la vente de singles en France !», triomphe Régis Ravanas, directeur de M6 Interactions. On réussit parce que notre structure choisit de bons projets et... c'est vrai, bénéficie de la synergie M6.» Synergie... Le mot est lancé. Pour inscrire un titre dans la mémoire des téléspectateurs, il faut matraquer. M6 bénéficie de ses émissions Hit machine, Plus vite que la musique, Fan de, et de ses filiales : M6 Music et Fun TV. Cette dernière a passé le clip des L5 plus de quarante fois par semaine, soit une rotation digne des plus grandes stars. Les filles sont omniprésentes sur le site Internet de la chaîne, leur titre est utilisé en jingle pour tous les téléphones de la maison, et leur portrait géant, placardé en vitrine au siège de M6. On peut difficilement faire plus...

«Nous ne sommes pas systématiquement privilégiés, proteste Régis Ravanas, mais M6 a intérêt à promouvoir des titres qu'elle a indirectement financés et généralement accompagnés !» «J'ai rarement vu des produits M6 Interactions se faire jeter, confirme une journaliste de M6 qui préfère rester anonyme. Les L5 ne savent pas chanter, ne connaissent rien à la musique, mais on est condamnés au SAV [service après vente, ndlr].» «Sur TF1, ce n'est pas si simple, affirme la présidente de Une Musique, la preuve : Star academy a refusé de recevoir Emile & Images, que nous produisons»... Mais a tout de même accueilli Jeanne Mas, qui sort une compile... chez Une Musique. Quant à Gérard Louvin, à la fois producteur d'émissions de variétés, de spectacles et de disques (au sein de Baxter et Glem Production)..., signalons juste l'omniprésence dans les émissions de TF1 de sa comédie musicale Roméo et Juliette, et le passage du clip de sa nouvelle production : Georgian Legend, plusieurs fois par jour, sur la même antenne...

Une synergie qui énerve fortement Patrick Zelnik, président de l'UPFI , pdg de Naïve : « Je ne reproche pas aux L5 d'exister, je leur reproche de prendre toute la place. A eux deux, les singles de Popstars et de Star academy ont représenté, sur les deux dernières semaines de décembre, 38 % des singles vendus en France ! Où est la diversité culturelle ? Aujourd'hui, il faut dépenser trois à cinq millions de francs pour faire la promo d'un album à la télé ! Les majors ont les moyens, et en plus elles paient moins cher grâce à des partenariats. Mais les producteurs indépendants sont éjectés du système. » L'assertion fait rire Pascal Nègre, le pdg d'Universal : «Ces succès amènent des acheteurs dans les magasins. Tout le monde est gagnant.» Tout le monde, peut-être... mais surtout Universal, choisi comme partenaire, à la fois par M6 et TF1, pour Popstars et Star academy : «Normal, Universal nous apporte une certaine crédibilité, c'est la plus grosse maison de disques !», expliquent les chaînes. Et sans doute aussi la plus offrante : «Toutes les majors étaient sur les rangs : Sony, Warner, BMG... et même Virgin !» continue à se marrer Pascal Nègre.

«Les majors appartiennent à des groupes audiovisuels internationaux, souligne Alexis de Gémini... Elles sont cotées à Wall Street, doivent être rentables vite, ne peuvent plus donner autant de temps aux artistes. Elles ont besoin de surexposition télé.» Depuis 1988, date à laquelle la publicité pour les disques a été autorisée, «le deal de base entre la télé et le disque, c'est : je te file de l'espace publicitaire, tu me files des points [un pourcentage, ndlr] sur les ventes de disques», témoigne un ancien de M6 Interactions. Les co-exploitations sont de plus en plus étroites sur tous les produits à succès, type comédies musicales, chanteurs pour préados ou musique électronique... Quand Sony veut lancer Lorie, que toutes les radios refusent parce que son public est trop jeune, elle fait appel à M6 pour un coup de pouce. Quand Une Musique produit le disque des Bleus pour la coupe du monde, c'est avec Warner... Quand M6 monte Popstars, Santi, directeur général de Mercury Island (filiale d'Universal) fait encore mieux : il participe directement à l'émission. Tout un symbole.

« On aurait été cons de ne pas profiter d'un tremplin pareil, résume Santi. Et on n'était pas les seuls à le penser : dès que les gens ont su qu'on recherchait des titres, ils nous ont envoyé des propositions de partout ! » Et pour cause : Bustafunk, groupe (Universal) inconnu, a été propulsé illico onzième des hits parce qu'un de ses titres est devenu le générique de Star academy : « On aurait pu hésiter à cause de l'image de TF1, témoigne le groupe, mais c'est une chance qu'on ne peut pas refuser. » Les candidats de la Star academy, eux, vont pouvoir se produire comme de vrais chanteurs à l'Olympia... propriété de Vivendi-Universal. En échange, les chanteurs Universal (mais aussi ceux des autres maisons de disques) sont venus faire leur promo sur le plateau de Star academy. Là, ça a un peu coincé : Florent Pagny, la veille de la première, expliquait à la productrice Alexia Laroche-Joubert qu'il ne voulait pas cautionner une émission discutable. Mais le chanteur (découvert par... Gérard Louvin) avait justement en projet pour décembre 2001 une émission de duos en prime time, sur TF1. Une petite discussion avec Pascal Nègre a fini de le convaincre : Pagny était là, le premier soir, à 20h30. Ricanant ostensiblement, mais parrainant néanmoins l'émission. Un autre chanteur se serait fait payer 200 000 francs pour sa présence. Un autre aurait gueulé, après un duo avec une des candidates, contre « ces chanteurs de salle de bains »...

Mais rien ne se dénonce, tout se murmure dans cet univers où chacun dépend de tout le monde. Sur son écran, le téléspectateur n'a vu que des Patrick Bruel, Serge Lama, Elton John, Julien Clerc, Patricia Kaas et autres stars confirmées encourager en souriant des stars improbables. Rares sont les artistes qui, comme Cher, ont refusé de venir. On ne se fâche pas avec la télé. On ne refuse pas un prime time sur TF1. D'autant que les occasions de chanter devant les caméras se raréfient : la variété coûte cher et apporte peu d'audience. « A part des émissions confidentielles sur Arte, Canal Jimmy ou Paris Première, on n'a plus que Vivement dimanche (France 2), les divertissements genre Sébastien, ou le Hit machine (M6), soupire une « chef de promo ». Même Canal+ a abandonné le live ! » Ce que confirme Pascal Nègre : «C'est un vrai problème. La télévision n'offre plus d'espace pour des musiques "nouvelles", comme le faisaient autrefois Les Enfants du rock. On ne va quand même pas nous le reprocher à nous, les majors !»

Plus que jamais, la télé, média grand public, recherche ce qui rassemble et se consomme vite. Qu'importe la qualité. Qu'importe si «ses» propres artistes ne survivent pas longtemps, si Nomads a disparu, si Daddy DJ a du mal à vendre son troisième album, si le single de Loana ne fera pas long feu... La télé n'a pas vocation à construire et faire durer des carrières. Les maisons de disques, si. D'où le piège de cette synergie entre diffuseurs et producteurs. Comme le souligne Patrick Zelnik : « L'industrie du disque est happée par la logique télé et se banalise. On assiste à une yoghourtisation générale.»  

Emmanuelle Anizon - Télérama n° 2713

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Edition musicale Le Midem à l'heure de la télé réalité.
Le Parisien - le 21/01/2002

ALORS que s'ouvrait, hier au palais des Festivals à Cannes, le 36e Midem (le Marché international du disque et de l'édition musicale), les anciens élèves de la « Star Academy » étaient partout : à la cérémonie des NRJ Music Awards retransmise samedi soir sur TF 1, sur les marches du palais, hier midi, pour une séance de dédicaces couverte par les hurlements ou encore dans les soirées où ils volaient la vedette, sans complexe, à d'autres artistes plus confirmés. Impossible d'y échapper, et l'une de la bande, Carine, apparaîtra même dans « Cindy », le nouveau spectacle musical de Luc Plamondon et Romano Musumarra, dont des extraits seront présentés, aujourd'hui, dans le grand auditorium du palais des Festivals. Alimentant toutes les conversations, les « académiciens » attisent, aussi, les polémiques entre les patrons des « majors », ces multinationales du disque, qui profitent de l'occasion pour s'envoyer quelques mots doux.

« Pourquoi ne dépensent-ils pas cet argent sur de vrais artistes en développement ? » Tel Emmanuel de Buretel, président d'EMI/Virgin Europe, qui déclare dans l'hebdomadaire professionnel « Musique Info Hebdo » : « Bientôt, ils feront des disques avec leurs animaux domestiques. Cela devient très cynique, très triste. Pourquoi ne dépensent-ils pas cet argent sur leurs grands artistes ou sur de vrais artistes en développement ? Si j'étais artiste Univers sale , je me mettrais en grève... » La société Universal, cible de toutes les critiques, a atteint l'an passé les 36 % de parts de marché du disque en France - en partie grâce aux projets « Popstars » et « Star Academy » - et se porte très bien. Comme le marché national, d'ailleurs, dont l'année 2001 s'est soldée, dans un contexte mondial de récession, par une hausse de 10 % grâce à la bonne tenue des productions maison. En effet, en France, six disques vendus sur dix sont des productions nationales. Mais l'heure est aussi aux inquiétudes, comme celles exprimées par les labels étiquetés « indépendants ». Selon eux, le montant des sommes engagées pour des campagnes de publicité télévisée pour le disque est tel (de 460 000 à 760 000 € en moyenne pour chacun des titres actuellement classés dans le Top 20) qu'il les met hors compétition face aux moyens financiers des « majors ». Encore et toujours des histoires de télévision...  

Par Sébastien Catroux

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Une année record pour le marché français du disque.
Le Monde - le 22/01/2002

Rendu public lors du 36e Midem, à Cannes, le chiffre d'affaires du secteur est en nette hausse, essentiellement porté par le succès de la variété nationale. AVEC une croissance de 10,8 % en valeur (chiffre d'affaires) et de 7,4 % en volume (unités), le marché du disque en France s'est bien tenu en 2001. Le support "obsolète" un peu vite enterré au profit du tout- Internet a de l'avenir. Ces chiffres, rendus publics, lundi 21 janvier, au 36e Marché international du disque et de l'édition musicale (Midem) par le Syndicat national de l'édition phonographique (SNEP), traduisent donc un maintien de l'accroissement des ventes depuis 1999.

Le chiffre d'affaires du disque, calculé hors taxes, s'est élevé en 2001 à 1,25 milliard d'euros pour 165,7 millions d'unités vendues (singles, albums, livres-disques, DVD-audio, nouveaux supports...). Comparés aux moins 1 % en valeur et moins 0,5 % en volume de l'année 2000, considérée comme une période de stabilité, le milieu du disque a tout lieu d'être satisfait. Toutefois les responsables des majors mondiales (le français Universal Music Group, l'allemand BMG, le britannique EMI/Virgin, le japonais Sony Music et l'américain Warner Music) comme les producteurs indépendants s'accordent sur le fait que certains répertoires bénéficient nettement plus que d'autres de ce mouvement.

Et en premier lieu la production française et francophone de variété avec 58,9 % des parts de marché (près de 63 % si l'on ramène ce chiffre à l'unique ensemble du répertoire variété nationale/internationale, hors classique et jazz). Parmi les vingt premiers du classement des meilleures ventes durant 2001, établi par IFOP-Tite Live pour le SNEP, dix-huit artistes sont français, francophones ou d'expression française (Garou, Jean-Jacques Goldman, Manu Chao, Noir Désir, MC Solaar, Yannick Noah, Alizée, Zazie, Patrick Bruel...). Seuls Dido et Michael Jackson défendent les couleurs de l'Amérique. Certes ce répertoire a bénéficié d'une concentration de sorties de gros vendeurs, tant pour des albums originaux que pour des compilations (Mylène Farmer, par exemple) et de "l'effet" "L5" et "Star Academy" induit par les deux émissions de télévision à succès.

Néanmoins, le travail à long terme entrepris par les producteurs français commence lui aussi à véritablement payer. En revanche, pas d'améliorations pour le jazz qui plafonne depuis plusieurs années en dessous des 3 % de parts de marché. En 2001, le jazz national et international a représenté 2,5 % du marché (2,6 % en 2000). Quant au classique, il continue son lent mouvement de décrue (Le Monde du 19 janvier) passant à 5,4 % (6,2 % en 2000). Les chiffres du SNEP concernent plus de 95 % de la production totale (quelques producteurs ne communiquent pas les données de leurs ventes au SNEP), mais rien n'indique que la petite part manquante traduirait une différence flagrante de ces résultats.

Il convient pourtant d'apporter un bémol à cette embellie. On assiste aussi à une flambée des investissements, particulièrement ceux destinés au marketing. Les chiffres du SNEP ne disent rien de l'évolution de la rentabilité de l'industrie. Le "ticket d'entrée" est de plus en plus cher pour participer à la compétition et figurer en bonne place dans les programmes des radios, des chaînes de télévision et dans les rayons des magasins. Il est communément admis qu'en dessous d'un investissement de 152 000 euros, peu de salut, là où, il y a quelques années 30 000 à 40 000 euros pouvaient suffire. Cette inflation pé- nalise bien sûr les plus petits producteurs et met à mal la diversité culturelle : les courants et genres les plus pointus ne peuvent être exposés équitablement.

Elle pourrait aussi fragiliser les multinationales, qui ont aussi besoin de nouveaux talents, surtout quand elles se concentrent sur des coups à court terme coproduits avec des partenaires médias avec lesquels elles partagent les bénéfices (ceux de l'album de la "Star Academy" sont ainsi divisés entre TF1, diffuseur, Endemol, concepteur-producteur de l'émission, et Universal Music).  

Par Stéphane Davet et Sylvain Siclier

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Musique en ligne : règlements de compte au MidemNet.
01net - le 21/01/2002

Réunis à Cannes, au MidemNet, tous les maillons de l'industrie musicale (artistes, revendeurs et labels) se sont plaint des difficultés de vendre en ligne en se rejetant la faute les uns sur les autres. Ils se sont montrés moins soucieux de répondre aux attentes des internautes.

Organisé chaque année à Cannes, le MidemNet regroupe une série de conférences sur le thème de la musique et d'Internet. Artistes, revendeurs, labels et entreprises technologiques étaient tous représentés afin de partager leurs expériences dans un unique but : transformer les actuels pirates en consommateurs.

Mais plutôt que de se concentrer sur les possibilités offertes par le numérique, et sur les attentes des internautes, les intervenants se sont largement interrogés sur les moyens de capturer une partie du marché, encore virtuel, de la musique en ligne.

Et chacun de lister les obstacles imposés par les autres branches de l'industrie : problèmes technologiques, de droits d'auteur ou encore d'abus de position dominante.

Distributeurs et labels indépendants laissés-pour-compte.

Ainsi, les distributeurs, comme OD2, ou Vitaminic, clament qu'il est impossible de s'y retrouver dans les dizaines de sociétés de gestion des droits d'auteur qui existent dans le monde. Obtenir des maisons de disques l'autorisation de vendre des oeuvres musicales sur Internet relèverait de l'exploit.

Le même sentiment d'être bloqués dans leur développement sur le Net animent les labels indépendants. Ils accusent les majors (Universal, AOL...) de vouloir les tuer en les excluant de leurs plates-formes, PressPlay et MusicNet. D'ailleurs, de nombreux intervenants se sont réjouis que le gouvernement américain et la Commission européenne se penchent sur ces deux services afin de vérifier que la concurrence est encore possible.

Mais ces mêmes indépendants, représentés par Alison Wenham, présidente de l'AIM, l'Association des labels indépendants (2 000 en Europe), demandent seulement à faire partie de PressPlay et de MusicNet. Aucun reproche sur les formules proposées ou sur les prix n'a été émis.

Face à ces attaques, Pascal Nègre, président d'Universal France, a rétorqué que les grandes maisons de disques étaient les seules à avoir accepté d'investir les millions de dollars nécessaires pour développer ces plates-formes de distribution.

Les constructeurs peu respectueux du copyright.

Invités à présenter leurs produits, les constructeurs de lecteurs MP3 (Archos, Apple...) ont été accusés de favoriser le piratage par manque de logiciels sérieux de protection contre la copie.

Les constructeurs, regroupés en lobby, ont pour leur part paru plus soucieux de faire pression sur Bruxelles pour faire évoluer la législation sur la copie privée. Ils craignent, en effet, que les taxes prévues par la directive sur ce thème ne pèsent trop lourdement sur leurs équipements.

Répondant aux constructeurs, Pascal Nègre a affirmé que la taxe sur les disques durs ne devrait pas dépasser 100 francs. Il a défendu le principe de la taxe pour copie privée comme le meilleur moyen de rémunérer les artistes.

Les attentes des consommateurs seulement évoquées.

Les seuls à tirer leur épingle du jeu ce jour-là furent AOL et EMI. Le premier parce qu'il fut l'un des rares à vouloir s'engager pour une plus grande simplicité d'accès aux services de musique en ligne, pour minimiser le nombre de clics nécessaires.

EMI, l'une des cinq grandes majors du disque, parce qu'elle a choisi de faire partie aussi bien de PressPlay que de MusicNet. Elle semble également avoir vraiment compris ce qu'attendent les internautes : un maximum de choix, pour des prix très bas avec un minimum de restrictions en termes de copie, de partage ou de transfert sur CD ou lecteur MP3.

Le président de l'association des revendeurs anglais a été le seul à se réjouir de la confusion qui règne dans le monde de la musique en ligne. C'est pour lui la meilleure garantie de l'avenir des magasins de disques. Il n'a pas manqué à cette occasion de se moquer des services PressPlay et Musicnet et de leurs longs formulaires, « aux milliers de questions indiscrètes, comme le nom de jeune fille de sa mère », à remplir avant de pouvoir acheter quoi que ce soit.  

Par Karine Solovieff

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Midem sur fond de boom français.
Libération - le 21/01/2002

A Cannes, le disque français affiche de bons chiffres, la bande de «Star Academy» parade.

Nuit de vendredi à samedi. Le 36e Marché international du disque et de l'édition musicale n'est pas encore officiellement lancé à Cannes qu'une soirée sur un bateau attire déjà un petit troupeau de festivaliers, agglutinés autour de quelques starlettes porno (ou assimilées) et, surtout, des ex-jeunes quidams extraits du néant de Star Academy. Le champagne coule à peu près aussi vite qu'une poignée de professionnels de la profession dégainent leurs cartes de visite; tandis que l'ex-Niagara Muriel Moreno s'acquitte avec sérieux d'un CDD de DJette.

Spears esquive. Quelques heures plus tard, on entre plus sérieusement dans le vif du sujet au coeur même du palais du Festival, avec la journée Midemnet, cycle de conférences censé apporter des éléments de réponse à des questions telles que «qui raflera la mise?», ou «quel avenir pour les indépendants?» Au même moment, la Croisette ­ bien qu'elle en ait vu d'autres ­ connaît ses premiers émois de l'année avec la venue ultramédiatisée de Britney Spears. La jeune femme blonde, qui écoule depuis trois ans des disques par dizaines de millions, a opté pour une rentabilisation maximale de son emploi du temps (complet pour les douze mois à venir, dit-on). Objet de la visite, vendre tout ce qui est vendable: son nouvel album (le troisième), son prochain single, son premier film (Crossroads, qui, sauf brusque cécité du délégué général, Thierry Frémaux, ne devrait pas figurer à l'affiche du prochain Festival de Cannes), sa campagne de pub pour une boisson gazeuse couplée avec quelques stars du foot (David Beckham)... Moyen adopté: la conférence de presse dans un salon du Carlton. La veulerie des questions rivalise avec l'extraordinaire indigence des réponses; et les rares fois qu'on la taquine un peu, miss Spears, au stade terminal de la langue de bois, s'en sort par des esquives faisant que des heures d'interrogatoire serré n'y changeraient rien: elle aime sa famille, ses amis, son métier, tout le monde (ad libitum). Rideau.

Cet exercice «people» traduit la partie saillante de l'iceberg Midem qui culminera, le soir venu, avec la cérémonie des NRJ Music Awards, grand-messe prophylactique de la variété française et internationale, relayée par TF1. Garantie 100 % play-back, avec des invités qui ne font le déplacement que s'ils ont quelque chose à vendre (Mick Jagger, Goldman) ou à recevoir (Garou, Mylène Farmer, Zazie, Dido, De Palmas), voire les deux, la soirée animée par le déprimant «humoriste» Anthony Kavanagh s'achèvera ­ on a les vedettes qu'on mérite ­ sur une nouvelle apparition de la troupe de Star Academy («des stars transgéniques», lâchera Kavanagh dans un sursaut de lucidité). A l'extérieur, des centaines de badauds font le pied de grue, appareil photo jetable en main.

Showcases. Aussi cyniquement exposée soit-elle, cette réalité ne saurait toutefois masquer la vraie finalité du Midem qui, jusqu'à jeudi, réunit plus de 10 000 professionnels du monde entier (producteurs, distributeurs, managers, artistes, avocats...) venus prendre le pouls de leur métier, faire des affaires, rencontrer des partenaires ou échanger des idées dans le cadre de conférences de presse, showcases, cocktails, etc. Un vrai parcours du combattant pour qui veut s'en donner la peine. Le contexte de cette année est très particulier, ainsi que le confirmeront les chiffres qui devraient être rendus publics aujourd'hui: avec une hausse de presque 10 %, le marché hexagonal de la musique se porte bien. A l'inverse, les principaux autres pays qui dominent cette industrie accusent le coup. A commencer par les Etats-Unis qui, au premier semestre 2001 (c'est-à-dire avant les attentats du 11 septembre), chutent de 4,5 %, comparés à la même période l'année d'avant, soit une perte de 6,4 milliards d'euros.

Autres faits significatifs: la musique sur l'Internet, qui avait paniqué les éditeurs, semble ne plus tétaniser grand monde depuis que le site Napster a été maté par les big five (Warner Music, BMG, EMI Universal Music et Sony Music) qui contrôlent 80 % du marché mondial. En corollaire, Richard Branson, fondateur de Virgin il y a une trentaine d'années, expliquait samedi dans le cadre du Midemnet qu'«alors que [nous pensions] encore voici quatre ou cinq ans que tout s'achèterait bientôt via Internet, Virgin UK vient de réaliser ses plus grosses ventes de disques de tous les temps à Noël». Mais une crainte en chassant une autre, les producteurs phonographiques indépendants français tirent la sonnette d'alarme concernant l'«hyperconcentration du marché du disque».

A l'aide! Par l'intermédiaire de Patrick Zelnick, président du label Naïve, ils réclament un «système d'incitation à l'investissement» et dénoncent le problème lié à l'accès à la publicité télévisée bridant l'émergence de nouveaux talents. Un gâteau toujours plus gros, mais à partager entre moins de convives, c'est aussi ce qu'appréhendent toutes les maisons de disques, majors en tête, notant que de moins en moins d'artistes sont programmés à la radio (cf Libération de ce week-end).

Pendant ce temps, Luc Plamondon s'apprête ce soir à présenter au Midem sa nouvelle comédie musicale, Cindy. Et, hier, la bande de Star Academy (qui, avec sa rivale de Popstars, fourgue ces temps-ci des disques par containers entiers) se fendait d'une séance de dédicaces sur les marches du palais, dans ce qui apparaîtra comme une variante musicale de la Classe ouvrière va au paradis.  

Par Gilles RENAULT

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Payer la musique sur Internet: l'offensive est lancée.
Le Temps - le 19/01/2002

Le MIDEM de Cannes qui s'ouvre aujourd'hui aura pour vedette l'offensive des majors du disque et de leurs systèmes de diffusion de musique sur Internet. Regroupés en deux pôles puissants, les géants du marché ont lancé des plates-formes payantes pour contrer les réseaux d'échange gratuits. Cet assaut, pour l'instant limité aux résidents américains, doit bientôt gagner l'Europe. Rien n'indique pourtant qu'il désarçonne les systèmes pirates, comme Morpheus ou Gnutella, qui ont pris la place du défunt Napster. Le succès de tels systèmes pourrait mettre en péril, à terme, le CD. Mais les disquaires se disent confiants: Internet exerce encore une concurrence marginale, auprès de publics très ciblés. Les magasins ne mourront pas.

Faisons un rêve... Imaginez que votre poste de radio ne diffuse désormais plus que deux programmes. Que votre libraire ne mette en vente que les livres de deux éditeurs, et que vous ne puissiez faire vos courses qu'auprès de deux chaînes d'hypermarchés. Ce rêve, qu'elles firent avant vous, les multinationales du disque l'ont souhaité prémonitoire. Et quel meilleur support d'interprétation des rêves qu'Internet, eldorado virtuel peuplé de hors-la-loi à mettre au pas? Anarchique et communément illégale il y a peu, la diffusion de fichiers musicaux sur la Toile tombe aujourd'hui sous le coup d'une reprise en main sans précédent. De manière trop simultanée pour être fortuite, les cinq majors (grandes compagnies discographiques) qui possèdent plus de 85% du marché musical viennent de mettre en place deux nouvelles plates-formes, destinées à recentrer la consommation des internautes sur leurs services payants.

Ouvert début décembre, le système de souscription MusicNet (www.musicnet.com) fédère les majors Warner, EMI et BMG autour d'un projet de distribution musicale orchestré via le logiciel RealOne. Pour 10 dollars par mois (16 francs), ce système permet de télécharger une centaine de titres issus de ces catalogues prestigieux.

Quelques jours plus tard, Universal et Sony Music inauguraient à leur tour Pressplay (www.pressplay.com), formule laissant à ses partenaires Yahoo, MSN (créateur de Hotmail) et Roxio le soin de gérer un système d'abonnement mensuel analogue à son concurrent. Les internautes peuvent y trouver, outre le catalogue des deux majors, ceux acquis sous licence, d'EMI et de plusieurs labels indépendants de grande envergure comme Matador ou Roadrunner.

Disponibles pour l'instant pour les seuls résidents américains, les deux services sont appelés à s'étendre à l'Europe dans un avenir très proche. Pour que les cyber-mélomanes passent enfin à la caisse, reste cependant un écueil de taille: celui du piratage, encore largement répandu par le biais de logiciels délocalisés comme Kazaa ou Gnutella (lire ci-dessous). A la fermeture le 2 juillet dernier du site Napster, premier modèle d'échange gratuit de fichiers MP3, une étude avait conclu que le nombre de téléchargements, de l'ordre de trois milliards par mois, s'était alors réparti, sans diminution significative, entre les nombreux clones du défunt logiciel.

Conscientes de l'impossibilité d'éradiquer toute piraterie du réseau Internet, les majors se contentent aujourd'hui de la rendre plus difficile. Elles disposent pour cela d'une arme diabolique: celle du CD inviolable. Car, pour faire circuler des fichiers musicaux sur Internet, la pratique usuelle consiste à compresser les titres d'un disque sous forme de MP3, format plus «léger» facilitant les téléchargements. Supprimez au possesseur d'un CD la possibilité de l'insérer dans son ordinateur, et vous enrayez du même coup la chaîne du MP3. Tel est le raisonnement qu'ont fait cet hiver Universal et Sony, publiant quelques disques lisibles uniquement sur une platine CD traditionnelle (les derniers albums de Natalie Imbruglia et K's Choice, par exemple).

Incopiables, de tels CD interdisent du même coup à l'utilisateur informatique de se servir de son ordinateur pour écouter, stocker et rediriger la musique qu'il vient d'acquérir chez son disquaire sur son téléphone portable ou son baladeur MP3. Ne lui reste donc plus qu'à faire appel aux services de Pressplay ou de MusicNet pour pouvoir bénéficier du même morceau de musique sur support virtuel. Et payer deux fois pour le même disque, pour autant qu'il en ait l'envie et les moyens. La formule mise en place par les grands producteurs de musique se révèle donc très restrictive. Il faut débourser 24 dollars par mois (près de 40 francs) chez Pressplay pour obtenir l'autorisation de reproduire vingt gravures par mois, soit l'équivalent de deux albums environ. En outre, la durée de stockage sur disque dur est limitée à celle de l'abonnement. Plus sévère encore, MusicNet n'autorise aucune gravure, et interdit également tout transfert de fichiers de l'ordinateur à un baladeur MP3.

Autre handicap pour les majors: la plupart des utilisateurs d'Internet ne possèdent pas encore de ligne à haut débit nécessaire au chargement facile de fichiers musicaux. En prenant les devants, ils entendent précisément verrouiller un marché que tous espèrent florissant dans un avenir proche: une fois les internautes fidélisés autour de leurs deux seuls services, les majors seront alors à même de dicter leurs conditions aux concurrents. Tel Napster, dont le système rouvrira bientôt, au prix d'un accord passé avec MusicNet.

Entrer dans l'illégalité ou faire allégeance à ce nouveau duopole? Les internautes n'auront bientôt pas d'autre choix. En phase avec leur terre d'accueil, les cinq majors américaines qui se partagent le gâteau virtuel paraissent aujourd'hui signifier au monde, à la suite de George W. Bush: «Ceux qui ne sont pas avec nous seront contre nous.»  

Nicolas Julliard

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La bataille contre les sites pirates paraît perdue d'avance.
Le Temps - le 19/01/2002

Des logiciels gratuits ont pris le relais de Napster, offrant des systèmes d'échange de musique qu'il sera bien difficile de faire taire. Et d'autres sont prêts à prendre le relais...

Avant de lancer leurs propres services de distribution de musique en ligne, les gros producteurs ont pris soin d'éliminer Napster. Le service était le plus important lieu d'échange de fichiers MP3, qui comptabilisait au meilleur de sa forme près de 1,6 million d'utilisateurs simultanés et sur lequel se sont transmis illégalement jusqu'à trois milliards de fichiers musicaux par mois. L'offensive juridique menée par la présidente de la Recording Industry Association of America (RIAA), Hilary Rosen, a bien réussi à faire taire Napster. Mais elle a eu des effets secondaires inattendus: alors que les services payants et officiels font des débuts balbutiants, les sites pirates, construits sur les cendres de Napster, redoublent d'activité pour le remplacer.

Un analyste attentif du domaine estime que «les majors auraient mieux fait d'attendre que leur système soit au point avant de tuer Napster. Elles auraient évité que d'autres systèmes ne remplissent le vide.» Car l'engouement des internautes pour les systèmes d'échange gratuits n'a rien à voir avec l'intérêt timide suscité par les juke-boxes en ligne des géants de la musique. La première semaine de l'année, le logiciel RealOne employé par le système payant MusicPlay a été téléchargé 18 000 fois depuis le site Download.com alors qu'un million et demi d'internautes se sont procuré Morpheus et un million ont installé Kazaa, les logiciels gratuits.

Ces deux cauchemars de l'industrie du disque sont, depuis fin 2001, dans le collimateur de la RIAA. Hier, coup de théâtre: Kazaa fermait temporairement ses portes en attendant une décision de justice annoncée pour le 31 janvier. Si le débat juridique est perdu d'avance pour Kazaa, c'est au niveau technique que les experts se battent. Car, contrairement à Napster, le fonctionnement des nouveaux systèmes d'échange gratuit n'est pas soutenu par un annuaire central, qu'il suffirait de désactiver pour fermer le site. Ici, ce sont les utilisateurs qui relaient les demandes, jusqu'à ce que l'un d'entre eux possède le fichier sur son disque dur et puisse le faire parvenir à qui le recherche. Pour certains experts, il est donc impossible de fermer le réseau.

Si pourtant ces nouveaux leaders de l'échange musical devaient se taire, on connaît déjà une dizaine d'autres réseaux prêts à prendre le relais, comme «eDonkeys2000», un système qui connaît un boom depuis les plaintes contre Kazaa. La bataille contre le piratage est une lutte perpétuelle pour les majors, et aucune solution à long terme ne semble garantie, étant donné le choix qui s'offre aux internautes. Sauf si, pour eux, il devient plus simple de se procurer légalement de la musique plutôt que de se tourner vers les réseaux pirates.  

Gaël Hurlimann

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Les disquaires n'ont pas peur. Pas encore...
Le Temps - le 19/01/2002

L'irruption des majors sur le marché de la distribution de musique par Internet va-t-elle faire disparaître les magasins de disques? Leurs responsables n'y croient pas.

La vente de musique en ligne par les majors du disque va-t-elle, à terme, faire disparaître les disquaires? Pour l'instant, les magasins et fournisseurs de disques romands ne s'inquiètent pas outre mesure de l'irruption des géants sur un marché jusqu'à présent squatté par les pirates. A leurs yeux, la convivialité du magasin demeure essentielle.

Edgar Cabrita, responsable de la division romande de RecRec, distributeur de labels indépendants: «Il est un peu tôt pour se prononcer. Mais j'ai le sentiment que le phénomène des téléchargements touche une frange très restreinte des gens qui achètent des disques, soit les adolescents qui recherchent les titres du hit-parade. Pour le reste, les clients préféreront toujours le service d'un magasin, et le plaisir d'avoir en main le disque et sa pochette. La menace d'Internet est encore très abstraite, à mon sens, et nous n'avons pas constaté de baisse significative des ventes de disques ces derniers mois.»

Tarik Tamzali, responsable des produits classique, jazz et vidéo pour Fnac Suisse:
«Pour l'instant, la menace est difficile à mesurer. Le Midem de Cannes apportera sans doute de précieuses informations sur les stratégies des grands producteurs. Fnac prendra cela au sérieux, de la même manière que l'arrivée d'un nouveau concurrent sur la place. A terme, peut-être devra-t-on renégocier les accords passés avec les majors pour la vente de disques, afin que le prix en magasin demeure concurrentiel avec celui du même disque offert en téléchargement. Mais Internet ne remplacera pas le magasin. La force de nos succursales est d'offrir un contact personnalisé avec le client. Vous ne trouverez jamais sur Internet un disquaire qui vous proposera en même temps le meilleur lecteur pour lire votre CD et la possibilité de flâner au milieu des livres, des DVD, etc. De plus, nos conseillers sont indépendants, ce qui signifie qu'ils ne vont jamais orienter le client sur une marque particulière ou sur un label précis, à l'inverse des plates-formes dirigées par les majors. Et si l'on se trompe sur l'achat d'un produit, il est bien plus difficile d'en faire l'échange sur le Web qu'en magasin.»  

Propos recueillis par Nicolas Julliard.

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Une arrivée en ligne ratée. Pourquoi le MP3 reste le roi.
Le Temps - le 19/01/2002

Les géants de l'industrie du disque lancent enfin leur service de musique en ligne. Avec leur système payant, ils veulent surfer sur le succès de Napster le pirate. Mais leur premier essai dans le domaine est un ratage. Ce qu'ils proposent? Payer cher pour un service moindre que celui des systèmes pirates.

La situation de duopole, avec d'un côté MusicNet et de l'autre Pressplay, engendre une aberration de départ: l'internaute devrait choisir l'un ou l'autre des deux concurrents et s'enfermer dans leur catalogue. Pour pouvoir choisir librement sa musique, le mélomane respectueux des droits d'auteur devra s'abonner aux deux systèmes, jongler avec leurs règles de fonctionnement distinctes et leurs logiciels incompatibles. Il devra aussi écouter sa musique les yeux rivés à l'écran de son ordinateur: il lui faudra être connecté en permanence au Net, afin que les mouchards puissent surveiller l'usage qu'il fait de la musique qui lui est «prêtée» par la maison de disques.

Pour les majors, ce lancement n'est qu'un début, avant l'arrivée, en 2005, de l'Internet haut débit qui devrait leur permettre de gagner quelque 1,6 milliard de dollars dans la musique en ligne. Mais elles se trompent en croyant, avec leur seule force répressive, pouvoir venir à bout des réseaux pirates qui attirent un public de plus en plus large. Il leur faudra aussi une once de créativité et d'énergie pour proposer aux amateurs un magasin en ligne simple d'utilisation, et non un système dont le fonctionnement kafkaïen tue le plaisir de l'écoute musicale.

MusicNet et Pressplay, les deux systèmes payants de diffusion de musique sur le Net, proposent des fichiers «bridés» par rapport aux MP3 traditionnels.

La qualité du son est similaire. Mais ils limitent ou interdisent toutes les manipulations qui ont rendu célèbre le format de compression «Motion Picture Expert Group Audio Layer-3». Voici deux applications qui rendent le MP3 incontournable. Le gravage. Les graveurs de CD pour ordinateurs se sont popularisés dès la deuxième moitié des années 90. D'abord réservés à une élite par leur prix et leur fonctionnement, ils font maintenant partie de l'équipement standard des ordinateurs grand public. Au départ destinés au stockage de fichiers informatiques (images, logiciels, textes, etc.), ils sont maintenant largement employés pour la copie de musique. A partir d'un fichier MP3, les logiciels spécialisés sont capables d'écrire un CD qui peut ensuite être relu par une platine conventionnelle. Les lecteurs de salon spéciaux qui permettent de lire les MP3 sont en plein boom depuis l'an dernier: ils permettent de lire des disques qui contiennent plus de 10 fois l'équivalent d'un CD standard. Mais le gravage de CD semble atteindre ses limites et, à l'avenir, ce sont les DVD enregistrables, aux capacités plus étendues, qui vont connaître le même succès. Pour les majors, la corrélation entre l'explosion des ventes de CD vierges et la baisse de celles des albums de musique est évidente.

Le lecteur MP3 portable. C'est l'autre grand succès de l'année 2001. Les ventes de baladeurs MP3 ont explosé, et les technologies employées deviennent de plus en plus professionnelles. Les lecteurs se branchent à l'ordinateur, qui leur envoie ensuite les fichiers. Les fabricants Creative Labs et SONICblue annoncent des lecteurs dotés d'un disque dur de 20 GB. C'est assez pour stocker plus de six jours de musique non stop, soit quelque 5000 morceaux. C'est aussi, au niveau marketing, une riposte rapide à l'iPod, le lecteur doté d'un disque de 5 GB lancé fin octobre par Apple. En moins de deux mois, la marque à la pomme en a écoulé près de 130 000. A noter que, pour le moment, les systèmes lancés par les majors empêchent purement et simplement le transfert vers un lecteur MP3 de musique obtenue depuis leurs plates-formes MusicNet et Pressplay: c'est, de l'avis de Mark Mooradian, spécialiste de l'institut Jupiter Media Metrix, un facteur qui limitera leur succès.  

Gaël Hurlimann

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Bon cru 2001 pour l'édition musicale française
La Tribune - édition électronique du 21/01/2002 à 17:50

En dépit d'une conjoncture favorable, la profession s'interroge, au Midem, sur l'économie du secteur, du fait de la montée en puissance de la musique numérisée.

Le Syndicat national de l'édition phonographique a décrit le marché français 2001 de l'édition musicale comme un marché d'exception, lors de sa conférence de presse annuelle de lundi, tenue au Midem. Avec 1,2 milliard d'euros de chiffre d'affaires pour 165,7 millions d'unités vendues l'an passé, le marché national a progressé de pratiquement 11% par rapport à l'exercice précédent (1,13 milliard d'euros et 154,3 millions d'unités vendues).

Cette performance fait suite à deux années de récession (exercices 2000 et 1999) et doit également être remise dans le contexte d'un marché européen globalement en perte de vitesse, à l'exception du Royaume-Uni et de la Finlande qui ont, comme la France, connu une année positive.

Tous les segments de l'industrie musicale progressent. La palme revient aux vidéo-musiques avec 83% de croissance en valeur et 68% en volume. Vient ensuite le marché des albums (+10% en valeur et +8% en volume) alors que celui des singles progresse plus faiblement (+3% en valeur et en volume). La grande satisfaction vient en fait de la production nationale qui tire littéralement le marché vers des sommets. Bien évidemment, les succès de L5 et de Star Academy contribuent fortement à cette performance. La variété « made in France » représente en fait 62% du total des ventes enregistrées dans l'Hexagone.

En guise d'introduction, le Snep a diffusé une vidéo des révélations françaises de l'année, entrecoupée de réponses à des questions posées à un public plutôt jeune et qui concernent toute l'industrie de la musique. Si les personnes interrogées se déclarent plutôt favorables à payer quelque chose pour avoir accès à de la musique en ligne, on est quand même loin d'un enthousiasme béat. Les acheteurs potentiels mettent en avant qu'il est normal que l'artiste soit rétribué pour son travail, mais ils ne mentionnent que très, très rarement les acteurs tiers qui participent aux succès de leurs idoles.

Sur la notion plus spécifique des tarifs, le flou le plus absolu règne : le montant annoncé varie bien souvent dans des proportions très grandes et la période de référence (à la semaine, au mois, à l'année ou au morceau) aussi. Ce qui tendrait à montrer que la valeur de la musique vendue aujourd'hui par l'industrie n'est pas clairement établie et la notion du contenu de l'acte d'achat non plus. Si les maisons de disques et les vendeurs de musique veulent rencontrer leur nouvelle cible dans un environnement modifié (numérisation du son et multi accès), ils ne feront pas l 'économie d'un débat sur « le juste prix » de la musique et surtout sur la notion de propriété. Quel sera le titre de propriété, s'il y en a un, après l'acte d'achat ? Pourra-t-on encore parler d'acte d'achat ou conviendra-t-il de parler plutôt d'acte de paiement, de propriété partielle ou encore d'acte de location ? Car aujourd'hui, la plupart des modèles économiques proposés pour payer de la musique en ligne reposent sur un principe proche de celui de la location, dans lequel le payeur ne détient rien après la fin de la période d'usage pour laquelle il a payé.

En 2002, les autres grands axes de réflexion et d'action du Snep tourneront autour des droits d'auteur, une fois de plus : les adhérents du syndicat militent pour un droit exclusif pour exploiter la musique en ligne, pour la « juste » transposition des textes européens en droit français (notamment pour établir clairement la notion de la responsabilité des opérateurs sur Internet ou encore pour définir un strict régime de copie privée) et enfin pour l'allongement de la durée des droits des ayants-droits. Autres grands thèmes de bataille : la création d'une télévision purement musicale lors de la mise en route de la future télévision numérique terrestre et une redéfinition de la notion de radio, notamment afin de favoriser la diffusion des nouveautés musicales.  

Thierry Michel

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Les majors arrivent à reculons sur le net.
01net - 18 Janvier 2002.

Depuis décembre, les premiers services de téléchargement musical à péage tentent de contrer les émules de Napster. Des dispositifs pirates accusés de plomber le marché du disque même si, en France, les CD se vendent bien.

« L'année 2001 sera celle de l'émergence d'un marché légal de la musique en ligne. » Il y a un an, le patron de Vivendi Universal, Jean-Marie Messier, proclamait la fin du Far West musical sur le net en ouverture du Marché international de l'édition musicale (Midem).

La reddition de Napster, repris en main par Bertelsmann pour 60 millions de dollars, soit plus de 67 millions d'euros, et celle du pionnier MP3.com, racheté par Vivendi pour 372 millions de dollars, semblaient effectivement sonner l'hallali des sites de libre-échange et l'avènement des robinets de musique à péage.

Depuis, les cinq majors mondiales du disque, Universal, Warner, EMI, BMG et Sony Music, ont déchanté. Et l'avenir de l'industrie musicale face à la révolution numérique sera encore au coeur de l'édition 2002 du Midem, qui se tient à Cannes du 19 au 24 janvier. Fin 2000, l'IFPI, la Fédération internationale de l'industrie du disque, chiffrait le manque à gagner lié à la piraterie numérique à 5,6 milliards d'euros (36,7 milliards de francs) et, l'an passé, la situation ne s'est clairement pas arrangée.

Chasse aux pirates

Au cours du premier semestre 2001, toujours selon l'IFPI, les ventes mondiales de disques ont chuté de 5 % en valeur et de 6,7 % en volume. Le recul est de 5 % aux États-Unis (40 % du marché mondial), de 8 % en Asie et de 20 % en Amérique latine.

Et même si les marchés britannique (+10 %) et français (+9,2 % à 542 millions d'euros pour 74,4 millions d'unités vendues) ont fait mieux que résister grâce à une production locale très dynamique (65 % des ventes de disques en France), la puissante RIAA (Recording Industry Association of America) comme le Snep (Syndicat national de l'édition phonographique) ont systématisé la chasse aux pirates qu'ils accusent de ce recul.

Mais les majors ont tardé à proposer une véritable alternative aux consommateurs. Lancés fin décembre aux États-Unis, les premiers services en ligne payants des maisons de disques, Music Net (Warner Music et BMG) et Press Play (Universal et Sony Music), font, en effet, des débuts plutôt discrets. Le premier, le 4 décembre, via le service de téléchargement Real One de Real Networks.

Le second, le 19 décembre, en association avec Yahoo et Microsoft. De son côté, Universal Music France a occupé le terrain dès novembre avec son service maison E-Compil. Selon Webnoize, 1,8 milliard de fichiers MP3 ont ainsi été téléchargés au cours du seul mois d'octobre.

Le flop du modèle de l'abonnement

Toutes ces offres reposent sur le même principe : l'internaute doit payer un abonnement mensuel (entre 11,15 et 27,95 euros pour Music Net et Press Play ; de 8 à 15,5 euros pour E-Compil). En échange, il peut écouter et télécharger une centaine de titres au maximum par mois, mais à partir d'un catalogue limité. Si Music Net propose, par exemple, 75 000 titres, le fan cherchera vainement sa chanson préférée de Michael Jackson : l'auteur de Thriller est un artiste Sony Music uniquement présent dans l'offre Press Play...

Inversement, Madonna (Warner Music) figure au seul catalogue de Music Net. Dans ces conditions, le cabinet d'études Gartner Group prédisait dès l'automne, en s'appuyant sur un sondage mené auprès de 4 000 internautes, le flop des juke-box payants des majors.

Un scepticisme aujourd'hui largement partagé par Éric Scheirer, analyste chez Forrester Research : « Il y a peu de chances pour que les utilisateurs de sites «peer to peer» gratuits comme Morpheus se précipitent sur cette offre payante de première génération », tranche-t-il.

Il relève notamment trois freins au développement de Real One : l'impossibilité de copier des fichiers musicaux sur un CD ou un baladeur MP3, la pauvreté du catalogue disponible et la contrainte d'un format propriétaire interdisant l'usage d'un autre lecteur que celui de Real Networks. Le concurrent Press Play est jugé plus « flexible » et plus « fun », mais il ne permet de graver qu'un seul CD par mois !

En face, les successeurs de Napster - fermé sous sa forme initiale mais prêt à renaître sous forme payante - offrent gratuitement un catalogue de titres quasi illimité... Bref, « J2M » a appris qu'il est plus facile de faire un hit avec la Star Academy de TF1 (CD Universal aujourd'hui en tête des ventes d'albums en France) que de faire payer les millions d'internautes habitués à télécharger gratuitement de la musique...

À défaut de pouvoir lutter efficacement contre les systèmes peer to peer, les majors tentent de protéger leurs CD : des prototypes incompressibles en MP3 sont actuellement en test. Mais quelle est aujourd'hui la priorité des « Big Five » : vendre de la musique en ligne ou liquider les activistes du MP3 gratuit qui menacent, à terme, leur vrai business ? Les ventes de CD traditionnelles représentent aujourd'hui un marché mondial de 41,5 milliards d'euros. Jupiter MMXI estime de son côté que la musique sur le net atteindra péniblement 6,2 milliards d'euros en 2006. Pour les deux tiers grâce aux ventes de CD en ligne.

(Press Play et MUSIC NET, les services payants de téléchargement, lancés respectivement par Universal-Sony et Warner Music-BMG, n'offrent que le catalogue de leurs maisons mères. Pour écouter Michael Jackson et Madonna, il faut payer deux abonnements.)  

Par Jean-Christophe Féraud et Amaury Mestre De Laroque, Le Nouvel Hebdo.

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Clones en stock.
01net - 18 Janvier 2002.

Malgré l'offensive judiciaire des maisons de disques et des représentants des artistes, les successeurs de Napster sont légion : une trentaine aujourd'hui, souvent plus efficaces que leur illustre aîné.

Les échanges de données ne sont plus limités aux données audio, mais ouverts à la vidéo. D'où l'inquiétude de l'industrie du cinéma. Contrairement à Napster, les nouveaux venus sont souvent incontrôlables, car ils ne font pas appel à un serveur central.

Citons parmi les plus populaires, Music City Morpheus, logiciel le plus téléchargé dans la première semaine de janvier (toutes catégories confondues sur Downloads.com), avec 1,4 million de requêtes, Kazaa (760 000 requêtes) ou encore Lime Wire (162 687 requêtes).

En revanche, il est impossible d'évaluer le nombre de fichiers transitant chaque jour sur ces réseaux peer to peer. Un des rares cabinets à mesurer ce trafic, Webnoize, a mis la clé sous la porte fin 2001. Aucune major n'a voulu réinjecter de fonds dans cette société qui espionnait jour et nuit les activités des « bandits de la musique ».  

Par Amaury Mestre De Laroque, Le Nouvel Hebdo.

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Pascal Nègre (Universal Music France) : "Internet ne va pas tuer le disque en un jour".
01net - 18 Janvier 2002.

Universal donne priorité à l'antipiratage. La mise en ligne d'un catalogue commun des majors viendra « à terme ». Pascal Nègre, PDG d'Universal Music France, en explique la stratégie.

Le Nouvel Hebdo : Comment s'est comporté le marché français du disque l'an dernier ?

Pascal Nègre : Le Snep [Syndicat national de l'édition phonographique, ndlr] n'a pas encore publié son bilan annuel, mais je peux d'ores et déjà vous dire que 2001 sera un cru exceptionnel : les ventes de musique enregistrée, tous supports confondus, ont progressé l'an dernier d'environ 10 %. C'est une bonne surprise, car en 2000, le marché de la musique était plutôt morose en France [il avait régressé de 1 % en valeur à 1,125 milliard d'euros et de 0,5 % en volume à 153 millions d'unités, ndlr].

C'est l'effet 35 heures : les gens ont plus de temps pour consommer et achètent aussi des produits culturels. L'autre bonne nouvelle, c'est que la production française n'a jamais été aussi dynamique : elle a représenté 65 % des ventes de disques.

Du jamais vu ! Là, il faut reconnaître que la loi sur les quotas de chanson francophone à la radio a finalement créé un vrai cercle vertueux en donnant leur chance à de nouveaux talents.

En ce qui concerne Universal Music France, notre part de marché a atteint le chiffre record de 36 %. Aucune autre major ne dispose d'une telle assise dans un pays industrialisé.

Les grandes maisons de disques n'ont donc pas du tout souffert de la piraterie numérique, contrairement à ce qu'elles craignaient il y a encore un an ?

Non, on ne peut pas dire ça. Sans la généralisation des graveurs de CD et le phénomène Napster, nous aurions bien sûr vendu encore plus de disques... Nous poursuivons évidemment notre lutte contre la copie illicite et les téléchargements sauvages de musique au format MP3.

À cet égard, je compte beaucoup sur le lancement des nouveaux formats sécurisés qui vont remplacer progressivement le CD. Le Super Audio CD (SACD), le DVD Audio et le Data Play intégreront tous une protection interdisant la duplication sur ordinateur et, par conséquent, l'échange sur internet. Cela va beaucoup compliquer la tâche des pirates.

Pouvez-vous tirer un premier bilan d'E-Compil, le service de musique en ligne sur abonnement que vous avez lancé en novembre dernier ?

Pour Universal Music France, le lancement d'E-Compil, qui a précédé celui de Press Play aux États-Unis, était avant tout un test grandeur nature. Internet est une autre façon de consommer de la musique et nous ne pouvions pas laisser le champ libre aux clones de Napster.

Aujourd'hui, je suis plutôt satisfait : sur le seul mois de décembre, les internautes ont écouté près d'un million de morceaux sur le site et 1000 personnes ont déjà choisi de s'abonner à E-Compil. Cela augure bien du futur lancement de Press Play dans sa version française, qui devrait inter- venir avant l'été.

Cela dit, la musique en ligne ne va pas tuer le disque en un jour : le CD et les nouveaux formats qui vont le remplacer représenteront encore longtemps l'essentiel des ventes de musique, c'est une évidence.

Press Play et Music Net sont concurrents. N'auriez-vous pas intérêt à vous entendre entre maisons de disques pour proposer une offre commune ?

Vous savez, la concurrence ne nuit pas au consommateur, bien au contraire. Je pense qu'à terme, on arrivera à s'entendre pour proposer trois, quatre, cinq ou six services de musique en ligne maximum donnant accès à l'intégralité du catalogue des majors...  

Propos recueillis ar Jean-Christophe Féraud et Amaury Mestre De Laroque.

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Midem : nouveaux "business models" pour la musique en ligne.
www.silicon.fr - Mardi 22 Janvier 2002.

Au terme de ce Midem 2001, dressons un état des lieux des start-up. Attention de ne pas jeter la bébé-entreprise avec l'eau du bain...

Que reste-t-il de ces petites sociétés Internet et techno au Midem ?
Eh bien si, des start-up se sont glissées entre les gouttes. On vous parlera ici de sociétés inconnues : DWSO (Bertelsmann...), Key2Audio (Sony DADC...), MP3.com (Vivendi...) - Euh, non: nous voulions dire, des inconnues, vraiment inconnues: OD2, VMS, Musicrypt, DX3, Yacast, Bearshare, Limewire, ou presque inconnues, et encore indépendantes: Vitaminic.

Retour vers le passé...
2001, odyssée d'Internet. La révolution Internet était censée enserrer la musique dans les cornes d'un dilemme. D'une part, chaque artiste peut désormais s'auto-publier, se faire connaître via son propre site Web ou sur des plates-formes de création, comme MP3.com ou Vitaminic. Nul besoin de se tourner vers les éditeurs et les maisons de disques -quoique les premiers auraient dû tirer leur épingle du jeu en louant leur savoir-faire marketing. 2001, encore: d'autre part, le libre partage de fichiers musicaux, sur des plates-formes comme Napster, menaçait de faire voler en éclat le modèle traditionnel de rémunération de la création, le droit d'auteur -qui fonde tout aussi bien le modèle des éditeurs et de maisons de disque.

...retour vers le présent: force en reste aux bons médias...
2002. MP3.com racheté par Vivendi Universal... Il ne reste plus qu'une plate-forme indépendante d'auto-publication: Vitaminic. Mais surtout: citez un musicien qui se soit fait connaître via Internet, alors même que l'attention de tous les médias du monde était fixée sur le Réseau? Allez, on vous aidera: Les Mules, lancés par FranceMP3 (racheté par Vitaminic), ont réussi à signer un single auprès d'une major, EMI, pour leur chef-d'oeuvre éternel, J'ai la quéquette qui colle.(!!) Votre première réponse était donc la bonne: personne n'ayant transformé l'auto-publication en un succès mondial, une major comme Vivendi Universal peut cependant avoir intérêt à s'approprier des plates-formes d'audience musicale, pouvant de plus permettre de racheter des nouveaux talents. Le même raisonnement pourrait s'appliquer à Vitaminic qui, entre-temps, affûte ses talents CRM.

Protein, un outil développé sur la plate-forme britannique PeopleSound, a été présenté au Midem pour son lancement français. Il s'agit, classiquement, d'atteindre des audiences ciblées (en fonction de leurs goûts musicaux, si l'on ne s'en doutait pas). De manière plus novatrice, un outil de marketing viral, les vTeams, se propose d'exploiter l'énergie des fans et des groupies à des fins utiles, et promotionnelles, en utilisant le Web, les chats, les forums, le peer-to-peer... Cela dit, on pouvait au Midem, rencontrer des artistes qui s'auto-publient avec succès. Croiser sur la Croisette, par exemple, le pianiste Giovanni Marradi (www.giovanni.com). En moins de cinq ans, cette émule italienne, libanaise et californienne de Richard Clayderman et de Liberace a vendu... trois millions de disques, en s'éditant soi-même. Mais son site Web n'y est pas pour grand-chose: 10.000 exemplaires par an, tout au plus. Giovanni admet n'avoir guère porté l'effort jusqu'à présent sur Internet. Pourtant, son discours s'y prête tout à fait. Les efforts de majors se concentrent tous sur les mêmes musiques, pour les mêmes cibles -les adolescents qui se pressent ici, aux portes des grands hôtels de Cannes. Et pourtant, il y a un marché immense, de gens plus mûrs, qui ont d'autres goûts, qu'il suffit d'aller toucher!

Le secret de Giovanni? Des concerts en direct sur le HomeShopping Network, la chaîne de téléachat qui a fait le succès de USA Networks. Son objectif à Cannes: recommencer en Europe. Internet? Il y croit sans doute sincèrement. Mais sans hâte.  

Jean Rognetta

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Midem : l'industrie de la musique se rassure - à tort ?
www.silicon.fr - Chronique du Salon, à Cannes, grand-messe annuelle du secteur
Lundi 21 Janvier 2002.

"Après des années où l'on prédisait sa disparition, je pense que l'industrie de la musique se prépare à vivre sa renaissance": Richard Branson, le fondateur de Virgin, et maintenant de V2, résume ainsi d'une phrase l'optimisme retrouvé des éditeurs de musique. Pascal Nègre, qui dirige Vivendi Universal Music et préside la SCPP la société de droits qui regroupe les majors de l'industrie, le condense en un chiffre: +10%. C'est le taux de croissance des ventes de disques en France, qui sera annoncé demain. Il faut dire que les innovations technologiques de cette année n'ont guère de quoi inquiéter l'industrie. Les télécoms mobiles commencent à tenir leur promesse, par les recettes des sonneries de téléphone, et ne semble guère menaçantes, grâce au contrôle qu'exercent les opérateurs.

60 millions de DVD dans le monde
La généralisation des DVD qui seraient déjà au nombre de 60 millions de lecteurs dans le monde, et offrent une qualité sonore très supérieure à celle d'un CD, n'est pas faite pour changer le modèle économique du secteur: il s'agit toujours de placer des disques au grand public. De même, le CD burning des disques sur mesure, gravés chez le marchand reste parfaitement maîtrisé: il s'agit encore de vendre des galettes, dans un circuit de distribution circonscrit. Certes, le standard commence à montrer ses limites il se serait vendu en Allemagne, l'an dernier, plus de CD vierges que de CD enregistrés, mais, là encore, pas de quoi s'émouvoir. D'abord, rappelle Richard Branson, la copie a toujours existé, et elle a le plus souvent été le fait de ceux qui n'auraient pas acheté le disque original, pour des raisons d'argent par exemple. Et puis, et surtout, le principe d'une redevance sur les supports vierges est passé, créant un "revenu de copie privée" pour les éditeurs qui a tout pour rassurer Pascal Nègre.

Et Internet alors ?
Quant à Internet, la mise au pas de Napster semble avoir rassuré auteurs, éditeurs et producteurs. Certes, il se téléchargerait encore 3 milliards de morceaux de musique par mois. Et des constructeurs comme Apple, venus présenter le iPod, sont encore reçus fraîchement, comme les alliés objectifs des pirates. Mais rien à faire, Morpheus ou Audiogalaxy n'ont pas la puissance effrayante qu'avait Napster. L'industrie semble s'en être (presque) accommodée. Tout simplement, parce que le PC ne semble plus être la plate-forme de consommation musicale de l'avenir, ni Internet le canal de distribution qu'on pensait. Pascal Nègre de commenter: "On parle beaucoup du gâteau numérique. Je ne vois pour l'instant qu'un petit four (...) On est au tout début du marché de la musique payante sur Internet avec deux plates-formes financées par l'industrie musicale, parce que personne d'autre ne voulait [s'y] risquer". Et ce décollage difficile et incertain fait que même le débat sur la concurrence manque de chaleur. Pour Richard Branson, qui se faisait hier porte-parole des indépendants, il suffira que MusicNet et PressPlay accueille les catalogue des indies, et le tour sera joué. Les cinq majors (AOL Time Warner, Vivendi Universal, BMG, Sony et EMI) tiennent déjà les canaux de distribution de disques il en sera de même sur Internet.

Un cas particulier: Virgin
Virgin est cependant un cas particulier, car Richard Branson a gardé les droits Internet du catalogue de sa première start-up, revendue à EMI. Ce qui pourrait lui donner la surface suffisante à lancer sa propre plate-forme "mais nous n'avons pas encore pris la décision". Le décollage de la musique payante sur Internet nécessiterait l'éradication des services gratuits. La réflexion vibrait à Cannes sur les services ajoutés qui pourraient permettre de faire payer à l'internaute ce qu'il peut trouver gratuitement deux clics plus loin mais le panel de jeunes convoqués tout exprès donnait, très clairement, la réponse que le bon sens permettrait de trouver seuls. Et comme la disparition du piratage semble improbable... Ou, pour conclure avec Pascal Nègre: "La musique payante sur Internet va doucement s'installer. Entre-temps, de nouveaux appareils vont arriver, exciter le consommateur, et permettre au marché de rebondir." Et force en restera au bon droit.  

Jean Rognetta

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Midem : "L'avenir musical est au streaming, au téléchargement et aux mobiles".
www.silicon.fr - Mardi 22 Janvier 2002.

Trois questions à Dominique Leguern, directrice du Midem, et Stéphane Gambetta, directeur du MidemNet.

J.R.: Voici bien un Midem de crise, bien calme. Cela contraste avec les déclarations optimistes du Snep et de Richard Branson. N'est-ce pas inquiétant, si l'on songe au sort des deux autres marchés?

Dominique Leguern :
"Ah non! La France et la Grande-Bretagne sont deux exceptions, mais la crise mondiale est très sévère! En outre, comme tout le monde, nous pâtissons des effets du 11 septembre... Malgré cela, les Américains forment la deuxième nationalité présente au Midem cette année, juste après les Britanniques. Quant aux deux marchés internationaux, le Midem Asia n'a pas répondu aux attentes, c'est vrai. Mais l'édition de Miami, consacrée à la musique latina, n'est que suspendue. Une rançon de la crise de l'Amérique latine. De là à dire que le Midem est menacé, loin s'en faut!"

Stéphane Gambetta :
"J'ai lu récemment que 2001 aura été la pire année que l'industrie ait vécu depuis 20 ans... Mais les chiffres du MidemNet remettent les choses dans leur contexte. Nous avions environ 1.000 inscrits les deux premières années, au plus fort de la vague Internet. Cette année, alors que le Net connaît une crise plus forte encore, nous avons eu 600 inscrits payants. Ce n'est pas si mal. Et je pense que le MidemNet continuera l'année prochaine."

J.R.: Dans ce contexte, quel est l'avenir du Midem ?

Dominique Leguern :
"Presque tous nos clients sont des indépendants: nous sommes donc liés à eux, et à leur avenir. Malgré la crise, la musique connaît une vivacité extraordinaire. Voyez notre village électronique: sur 1.000 exposants, il y a 300 nouveaux participants! C'est là que se forment les Zomba, ou les Wagram de l'avenir: ils continueront, je pense, à venir au Midem.

Et l'avenir de la musique sur Internet ?

Stéphane Gambetta :
"Le streaming, le téléchargement, et demain, sans doute le téléphone mobile, sont des nouvelles manières de consommer la musique. Et donc, de nouveaux moyens de distribuer la musique, qui trouvent peu à peu leur place dans l'industrie. A chaque fois, ils font se poser beaucoup de questions aux professionnels, et des forums comme le MidemNet leur permettent de prendre le pouls des tendances. Dans le cas d'Internet, il a semblé, d'une part, que la marge de piraterie que l'industrie peut supporter allait être dépassée. D'autre part, que l'auto-publication allait pouvoir révolutionner la promotion et le marketing musical. Aujourd'hui, on revient à plus de réalisme: par exemple, pour percer, on sait maintenant qu'il faut faire des concerts, des disques... et de l'Internet.  

Jean Rognetta

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Xavier Roy, organisateur du Midem:
"Une production vive, qui a su s'imposer à l'étranger"

Libération - le 21/01/2002

Président-directeur général de Reed Midem Organisation, l'entreprise qui pilote (entre autres) le Midem, Xavier Roy suit depuis une trentaine d'années l'évolution du marché et les états d'âme afférents de ses acteurs affairés.

Avez-vous une unité de mesure de l'impact réel du Midem ?

Aucune. Le volume d'affaires traitées doit être aussi énorme qu'impossible à évaluer. Certaines sont préparées avant et conclues ici, d'autres amorcées ici et finalisées plus tard. Mais vu notre nombre de clients, on peut penser qu'ils y trouvent leur compte. Il y a 1 932 sociétés exposantes, sur 327 stands, dont 23 pavillons nationaux. Ce dernier point est important, car significatif de l'engagement de certains gouvernements à promouvoir et à exporter la musique de leur pays, bien que le contexte international soit difficile.

Comment analysez-vous alors les bons scores français, à l'inverse des autres ?

La production est très vive et elle a su s'imposer à l'étranger avec la musique électronique, la world, etc. En comparaison, d'autres pays, le Japon par exemple, qui ont trop vécu sur leurs acquis, peinent avec des répertoires pas très forts et peu de possibilités à l'exportation. En France, des équipes se sont spécifiquement mises en place dans les maisons de disques pour concevoir une politique d'investissement stratégique, et de réflexion sur le fait qu'on ne pouvait plus se contenter d'exploiter localement les artistes. Soutiens, aides, créativité: ce sont les mêmes composantes que celles ayant permis au cinéma français de se porter aussi bien en 2001.

Mais les producteurs indépendants se disent inquiets ?

J'observe qu'il y a chaque année un renouveau important. Quand AOL et Time Warner fusionnent, 3 700 personnes se retrouvent sur le carreau... et beaucoup d'entre elles créent leur propre entreprise. Il n'y a qu'à voir la scène électronique, secteur dans lequel nous avons 250 producteurs, anglais, allemands, français, etc., qui viennent au Midem pour la première fois cette année. S'ils n'ont pas énormément de moyens, ils ont beaucoup d'idées. Sachant aussi que la musique reste un produit culturel qui aurait bien tort de négliger la notion de marketing l  

Par Gilles RENAULT

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Cette directive qui embarrasse la France.
Le Monde - le 18/01/2002

S'il est un domaine où les professionnels du disque et les artistes pensaient ne pas avoir à batailler, c'est bien dans la transposition stricto sensu de la directive européenne sur le commerce électronique dans la loi sur la société de l'information. Las ! le projet de loi, dont certaines dispositions ont déjà été adoptées, ne retient pas certains éléments relatifs à la responsabilité des intermédiaires sur Internet (fournisseurs d'accès et d'hébergements de sites, opérateurs de télécommunications...). Un point pourtant essentiel pour l'industrie du disque qui considère que c'est bien en plaçant ces sociétés - passage obligé pour accéder au réseau mondial - face à leurs responsabilités qu'il sera possible de lutter efficacement contre la piraterie et pour le respect des droits des auteurs, artistes et producteurs.

Pour de nombreux économistes et juristes, en particulier américains, la conception "traditionnelle" de protection ne peut être appliquée à la diffusion des œuvres musicales - mais aussi littéraires, photographiques, etc. - sur Internet. L'industrie du disque constate que l'Etat est aujourd'hui dans une position ambiguë. Il est à la fois législateur, garant de l'intérêt public et opérateur du premier réseau de téléphonie, Orange, qui pourrait pâtir de l'application stricte de la directive communautaire.

Pour dénoncer cette tentation d'un modèle libéral favorisant la diffusion de la musique sur Internet sans mesures de protection et une juste rétribution, les artistes et producteurs multiplient les exemples concrets : téléchargements massifs de fichiers musicaux sans autorisation ; utilisation quasi systématique de la musique comme élement illustratif des sites... Ils redoutent plus généralement que l'on ouvre la porte à un piratage dont il est impossible de croire qu'il se contenterait d'être à "usage privé". Dans les mois à venir, les professionnels du disque entendent bien faire un lobbying actif auprès des institutions européennes et françaises pour une révision de la loi dans un sens plus fidèle à la directive.  

Par S.Si.

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Les quatre vérités de Pascal Nègre.
Le Figaro - le 15/01/2002

Le président d'Universal Music France défend le modèle de production français. Il demande une baisse de la TVA sur les disques, une nouvelle adaptation de la directive européenne et l'extension de la rémunération pour copie privée aux décodeurs et aux disques durs d'ordinateur.

Propos recueillis par Emmanuel Torregano
Publié le 15 janvier 2002, page XII

LE FIGARO. - Comment expliquez-vous la bonne santé du marché du disque alors que la piratage ne cesse d'augmenter ?

Pascal NÈGRE. - Il y a deux ans, avec l'arrivée des sites pirates et des fichiers mp3, certains prédisaient la mort des maisons de disques traditionnelles. Aujourd'hui, Universal Music France représente plus de 36% du marché national et la consommation de musique en France a progressé de près de 10%. Il y a deux explications à ces bons résultats: l'impact des 35 heures qui laisse plus de temps pour les loisirs, et une forte progression des ventes des artistes locaux. Garou (Sony Music, NDLR) est la meilleure vente de cette année, on trouve ensuite Popstars et Star Academy, Noir Désir, Alizée ou Matt, des artistes Universal. Le top 10 du marché de la musique en France est occupé par des artistes du cru. Mais, ces bonnes performances ne doivent pas nous faire minimiser les difficultés auxquelles se heurte notre métier. Notamment, la TVA très élevée sur les disques dont, il y a 7 ans, le candidat Lionel Jospin nous avait assuré par lettre qu'il souhaitait la ramener à 5% en 1995. Ce qu'il n'a jamais fait.

Comment jugez-vous les scores record réalisés par Star Academy et Popstars, dont Vivendi Universal produit les disques ?

Avec ces deux albums nous atteignons 2% des ventes de disques en France pour 2001. Un très bon résultat à l'image d'un marché en forte progression qui dégage près de 2 milliards d'? de chiffre d'affaires brut, soit 1,2 milliards d'? net. Popstars et Star Academy ont contribué à cette croissance, en favorisant notamment le trafic dans les magasins. Les deux albums représentent 5% du chiffre d'affaires d'Universal Music France. Par contre, il faut arrêter de penser que le matraquage médiatique fait le «hit». La communication représente seulement 10% de nos dépenses cette année. La seconde meilleure vente pour Vivendi Universal a été enregistrée par le groupe Noir Désir. Finalement, nous n'avons pas eu Loft Story, mais nous avons fait beaucoup mieux avec Star Academy et Popstars.

Estimez-vous que l'Etat pourrait aider la création musicale française comme cela se fait avec le cinéma ?

Dans la musique, nous n'avons pas de système d'aides, pas de CNC, aucun fonds de soutien à la création. Et malgré ça nous avons un marché national avec 65% des disques vendus par des artistes français. Il existe donc d'autres schémas pour soutenir la création que ceux en vigueur dans le cinéma, et la musique est l'un d'entre eux.
Mais il faut que les instances nationales, comme le Conseil supérieur de l'audiovisuel, fassent preuve d'une plus grande vigilance. Sur dix stations nationales, sept programment des musiques qui n'accordent aucune place aux nouveaux talents. Ce que l'on appelle le format gold, qui consiste à repasser inlassablement les mêmes artistes pour un public de 40 ans et plus, est en passe de dominer le paysage radiophonique français. Le CSA se doit d'intervenir pour préserver le dynamisme de la création française. Formellement, je pense que le CSA devrait intégrer la notion de format lorsqu'il délivre une autorisation d'émettre à une radio.

Etes-vous contre une assimilation de la musique à une marchandise ?

Ce n'est pas une catastrophe que le bien culturel soit considéré comme une marchandise. Toute proportion gardée, il faut moins d'argent pour produire un disque qu'un film. L'image que la France donne, à travers sa musique, est en avance par rapport aux autres formes d'art. On accuse souvent les majors de ne produire qu'un seul genre de musique, celui censé se vendre le plus, la variété. C'est faux; il y a une vraie diversité musicale, des typologies différentes. En achetant un disque on est immédiatement dans un schéma démocratique. Cela plaît ou non, c'est la sanction ou la récompense. Nous avons une tradition française de la musique importante et nous n'avons pas eu besoin de subventions pour le comprendre. Une donnée résume bien cette réalité du marché local: un succès français vend deux fois plus en France que n'importe quelle vedette internationale.

Le groupe Vivendi Universal a lancé plusieurs offensives contre la piraterie dans la télévision et la musique. Quelles sont les armes dont vous disposez ?

Il faut éviter que la musique «se balade» sans autorisation des ayants droit. Or la loi française sur la société de l'information est une très mauvaise adaptation de la directive européenne. Ce texte nous prive de tous les moyens qui nous permettraient de lutter efficacement contre les copies pirates en circulation sur Internet. L'ensemble des acteurs du marché de la musique se sont unis pour la première fois dans le Clic pour faire entendre leur mécontentement au gouvernement. Nous demandons une stricte transcription de la directive européenne et une révision des textes français. L'Etat doit oublier parfois qu'il est l'actionnaire de France Télécom et penser davantage. Rendez-vous est donné à la prochaine législature.

Dans le même ordre d'idées, comment voyez-vous l'avenir de la commission Brun-Buisson sur la copie numérique ?

La commission a fait un bon travail et le menu s'annonce alléchant pour la nouvelle année. Nous allons travailler sur le cas des magnétoscopes numériques et des décodeurs disposant d'un disque dur capable d'enregistrer. La rémunération sur ce type d'appareil prochainement disponible devrait s'élever à 100 francs par unité. A terme nous n'excluons pas de déterminer également une taxe sur les disques durs des ordinateurs. Celle-ci pourrait se monter à près de 5 euros par ordinateur. Un montant qui n'est pas discriminant. On est loin des 1 000 francs annoncés ici ou là. Les fabricants de matériel électronique devraient le comprendre.  

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Les difficultés de la musique en ligne ne préoccupent pas les participants au Midem.
Multimedium - le 16/01/2002

Quelque 11 000 représentants de l'industrie musicale internationale se retrouvent à partir de samedi à Cannes, sur la Côte d'Azur, pour le 36e Marché international du disque et de l'édition musicale (MIDEM), à un moment où le marché de la musique marque le pas, sauf en France.

Aux États-Unis, premier marché du monde (devant le Japon, le Royaume-Uni, l'Allemagne et la France), les ventes de musique ont chuté de 9,4% à 442,7 millions d'unités (CD, cassettes...) au premier semestre 2001 par rapport à la même période de l'an dernier. Un recul estimé à 4,4% en valeur, à 5,922 milliards $US (9 milliards $CA), selon l'association américaine de l'industrie phonographique (RIAA).

En France en revanche, l'année 2001 devrait se solder par une hausse du marché de près de 10%, pronostiquent les professionnels. Ces chiffres - qui seront rendus publics au cours du MIDEM - s'expliquent par l'excellente tenue de la production locale: six disques vendus sur dix en France sont des productions du cru.

Comme les deux années précédentes, le MIDEM proprement dit (20-24 janvier), sera précédé par une journée consacrée au MIDEMnet, qui abordera les questions liées à la musique mobile, au partage des revenus de la musique en ligne, au rôle des politiques dans la régulation du marché etc...

La musique sur Internet, qui avait suscité de grosses craintes chez les éditeurs lorsque cette nouvelle technologie a fait irruption au milieu des années 90, ne semble en effet plus susciter les mêmes peurs aujourd'hui. Le «grand méchant loup» Napster a été jugulé. Le site musical, qui avait dû fermer ses portes en mars dernier à l'issue d'une longue bataille judiciaire avec l'industrie du disque, a ouvert à nouveau il y a quelques jours, mais légalement, et en tant que service payant cette fois.

Parallèlement, les «majors» (Warner Music, BMG et EMI, Universal Music - groupe Vivendi Universal - et Sony Music) se sont associés pour lancer leurs propres services de musiques en ligne. La plateforme Pressplay, créée par Universal Music et Sony Music, a inauguré le 19 décembre son service de musique en ligne par abonnement. Moyennant un paiement mensuel (de 9,95 dollars à 24,95 $US), l'abonné peut désormais télécharger un certain nombre de chansons sur son ordinateur ou les écouter en instantané («streaming») comme à la radio. Warner Music, BMG et EMI avaient fait de même le 2 avril, rejoints le 5 juin par Napster, leur ennemi juré jusqu'alors.

L'industrie du disque, largement dominée par les cinq Majors, inaugure ainsi l'ère «post-Napster» avec un modèle payant, qui rémunère les droits d'auteur et qu'elle peut directement contrôler.

Les grands groupes d'édition musicale, inquiets des risques de piratage comme de la concurrence du Net pour leurs ventes de CD, se sont entourés d'un luxe de précautions pour le lancement de ces premiers services par abonnement. Un CD sur trois vendu dans le monde est en effet un CD pirate.

Marc Guez, directeur général de la Société civile des producteurs phonographiques (SCPP) évalue à 150 millions le nombre de CD enregistrables vendus l'an dernier en France, soit autant que le nombre de CD enregistrés. D'où le désir des éditeurs de voir étendre la rémunération sur la copie privée instaurée en 1985 sur les «droits voisins» aux nouveaux supports de diffusion musicale (DVD etc...) qui n'existaient pas alors.

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